PRÉFACE.
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duire, & je ne pouvois me résoudre à commencerpar un Ouvrage difficile & de longue haleine, lors-qu’enfìn je me rendis aux avis sages & judicieux d’unepersonne*, qui est auffi connue parmi les Sçavans ,par fa générosité , son goût & sa politesse, que par lajustesse de son esprit, sa sagacité & son érudition. J’eusmême la vanité de croire que je réussirois, par la rai-son qu’il me crut propre à réussir.
On a donné dans ces derniers temps de très-bonnesrégies pour bien traduire. La meilleure & la plus sûreest de s’attacher à l’esprit de l’Auteur que l’on tra-duit , plutôt qu’à ses paroles. Les Langues ont cha-cune un tour, un ordre, un génie qui leur est parti-culier. Ce qui est élégant en Latin , rendu dans lemême tour en François, devient froid & insipide. IIne suffit pas qu’une Traduction soit simple, claire ;correcte, & qu’elle rende exactement les pensées d’unAuteur, il faut encore qu’elle rende fa délicatesse, ôctoute son élégance. Si on s’attache trop à la lettre,’on devient dur & froid, comme le dit Horace (a) ; fion s’en écarte trop, on court risque de donner ses pro-pres pensées pour celles de l’Auteur original (b).
Moins occupé à rendre le nombre que la valeur desmots , l’Interprète doit sçavoir à propos s’éloignerégalement d’une contrainte servile & d’une liberté
* M. de Boze , Secrétaire perpétuel de l’Académie desBelles-Lettres.
(a) Art. Poët. ( b ) Cic. de Orat,