PRÉFACE. xiij
excessive : tenir le juste milieu entre une timidité judi-cieuse & une heureuse hardiesse , se soustraire à latyrannie de la lettre , se rendre maître des sens, Ôcse soumettre aux tours de fa Langue. Cependant unTraducteur trop libre a ses inconvéniens. Toute para-phrase déguise le texte & le fait languir. Comme ellepeint les images, moitié de fantaisie, moitié d’aprèsl’original, elle n’est souvent ni original, ni copie.Pour tout dire en un mot, il faut connoître à fond legénie de l’Auteur que l'on traduit, se transformer enlui le plus qu’il est possible ; & fi notre Langue nepeut fournir toutes les beautés de l’original, il tau tprendre un essor généreux, & payer en équivalens.Lorsqu’on traduit un Poëte, cet essor est encore pluspermis ; le tour & l’expreífion peuvent être un peuplus libre ; les métaphores ne font point alors un dé-faut; les répétitions, lorsqu elles font variées, ont leurgrâce ; & c’est dans cette occasion que la prose n’estpas soumise à cette sévère exactitude qui la gêne par-tout ailleurs.
Tout se réduiroit à faire parler dans notre Languel’Auteur que l’on traduit, comme il auroit parlé lui-tnême ; mais cet engagement est bien plus considéra-ble qu’o n ne pense. Car comment ne se seroient pointénoncés en François Horace, Virgile, Ovide ? Quellefinesse dans l’expression , quel tour vif & ingénieuxn’auroient-ils pas pris ? Ils se seroient fait admirer dansnotre Langue, comme ils se sont fait admirer dans