8
HISTOIRE DE L’ARMÉE
anciennes positions. Coni capitula après une longue et héroïque résistance. Legénéral Cliampionnet réunissait une seconde fois ses troupes dans la vallée duTanaro pour secourir Coni, lorsqu’il en apprit la reddition (4 décembre).
Cet événement termina les opérations de la campagne pour l'armée d’Italie .Ici commença pour l’armée française d’Italie une série d’épreuves plus ter-ribles encore que les défaites qu’elle venait d’essuyer. Ce ne sont plus lesmarches, les fatigues, la mort, mais les privations, la misère, la faim dans cequ’elles ont de plus horrible et de plus cruel; c’est pour nos armées une pageplus belle qu’une bataille, et aussi glorieuse qu’une victoire.
A la lin de décembre 1799, l'armée française , repliée sur le sommet desAlpes , occupait les positions suivantes :
L’aile gauche (divisions Grenier et Duchesne) gardait le petit Saint-Bernard,le mont Cenis et tous les autres débouchés des vallées situées sur le versantdes Alpes en France .
Le centre (divisions Lemoine et Victor) occupait la Rivière de Gênes jusqu’àSavone, les cols de Fenestrelle et de Tende , et défendait toutes les issues de lavallée du Tanaro sur l’état de Gènes .
Les divisions de droite (Laboissière et Watrin) couvraient Savone et Gênes ;leurs avant-postes étaient à Pazone, Roncilione, Carosio et Coriro. Des patrouillesliaientcette position de l’aile droiteavec celle que commandait le général Miollisétabli sur la Rivière du Levant.
Pour garder cette ligne immense, l’armée d’Italie comptait à peine 38,000hommes. Cette armée si brillante sous Bonaparte , qui, un an auparavant, oc-cupait encore Naples, Rome, Florence et Milan , était maintenant campée surles rochers arides de la Ligurie et du comté de Nice, privée de solde et de vivres,réduite à une poignée de soldats nus, mourant de faim, ressemblant plutôt àdes spectres qu’à des soldats prêts à combattre. Le gouvernement n’avait faitaucun approvisionnement, si bien qu’on manquait de bois pour le feu des bi-vouacs sur ces rocs glacés de l’Apennin . Puis de toutes ces misères, de toutesces maladies qu’on ne pouvait soigner, les hôpitaux manquant de tout, naquitune effrayante épidémie qui décimait chaque jour les soldats par centaines.Au milieu de tout cela, il y avait un homme calme, noble, qui traversait lesrangs des malades, encourageant les blessés au nom de la patrie, relevant lesmourants au nom de la gloire; puis enfin un jour cet homme cessa de secourirles autres : malade à son tour, il mourut à Nice , et ceux même qui souffraientpour leur propre compte pleurèrent la mort de Cliampionnet.
Cliampionnet est un de ces hommes dont il est inutile de faire l’éloge; par-tout où il a laissé son nom, c’est un souvenir glorieux; partout c’est le soldatle plus brave, le cœur le plus noble, lame la plus désintéressée. Nous signa-lerons donc sa mort comme un malheur, sans chercher à rien ajouter à lagloire de sa vie.
Le découragement de l’armée s’augmenta encore à la nouvelle de la mortde Cliampionnet. Tous ces hommes, dont ce général semblait être la force,furent anéantis. Beaucoup d’eux quittèrent l’armée et rentrèrent en France .