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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

L’ordre donné'au général Masséna étaitde conserver le littoral de Gênes etaugénéral Moreau, nous l’avons dit, de pénétrer en’Allemagne en débouchant parSchaffouse sur la gauche du général Kray. Le but du premier consul était dedégager le côté méridional de la Suisse , afin d’être maître de se rabattre surl’Italie sans avoir à verser le sang inutilement pour la défense ou l’attaquedes sommités des montagnes. Ce plan réussit complètement, malgré quelqueschangements apportés dans l’exécution.

Les désordres qui s’étaient glissés dans l’administration étaient si graves queles efforts du général Masséna ne produisirent qu’un soulagement momentanépour les troupes. Les grains, achetés à Marseille , n’arrivèrent pas à leur des-tination; les vents contraires, qui depuis quatre mois ne cessaient de souffler,empêchant les arrivages par mer, des convois de vivres furent perdus; desorte, qu’à la reprise des hostilités, les ressources que le général en chef s’étaitprocurées se trouvaient déjà cbnsommées. L’armée vivait au jour le jour.Bientôt la faim commença à se faire sentir, et les maladies contagieuses repa-rurent.

« La faim de nos soldats .était telle, dit le général Thibauld dans sa relationdu siège de Gênes , qu’ils dévoraient les herbes et les racines qu’ils trouvaientdans les montagnes et les rochers arides au milieu desquels ils s’étaient can-tonnés.» C’est ainsi qu’une compagnie entière de la 24 e de ligne s’empoisonnaen mangeant de la ciguë. Les hommes de corvée n’avaient plus la force devenir aux distributions qui se faisaient dans Gênes ou dans d’autres chefs-lieux. Faute de moyens de transport, ils étaient obligés de tout porter eux-mêmes et, quoique ce fardeau fût souvent fort léger, un trajet de cinq à sixmilles dans les montagnes était pour ces hommes exténués par le besoin uneffort au-dessus de leurs moyens physiques.

Vers les premiers jours d’avril 1800, l’armée se trouvait tellement réduiteque le général Masséna fut forcé de la réorganiser pour établir la proportionentre les cadres et les combattants : il avait amené quelques officiers générauxde son choix et six bataillons, il les fit entrer dans cette organisation. Au gé-néral Soult il confia le commandement de l’aile droite, composée des divisionsMiollis, Gazan et Marbot, fortes d’environ 18,000 hommes; à Suchet, le com-mandement du centre, fort de 12,000; au général Thureau, celui de l’aile gau-che, forte de 6,500 hommes.

La division Miollis occupait la ligne de Recco à Torriglia; les deux autresdivisions de l’aile droite, commandée par Soult, c’est-à-dire les divisions Gazanet Gardanne ( le général Gardanne remplaçait provisoirement le général Mar-bot qui était malade), étaient établies à la Bochetta, conservant les communi-cations de Gavi, et à Savone, gardant les passages de l’Apennin depuis lanaissance de la vallée de Lorba jusqu’à la hauteur de Vado.

L’armée autrichienne, sous les ordres du général Mêlas, avait été répartie,après la prise de Coni, entre le Piémont, la Lombardie, la Toscane et le Bolo-nais. Malgré cette dissémination de forces, le général autrichien avait la pos-sibilité de se porter en masse sur le point qu’il lui conviendrait d’attaquer.