12 HISTOIRE DE L’ARMÉE
procédé. Ce mouvement, aussi hardi que rapide, produisit une vive impressionsur l’esprit des Génois, et coûta aux Autrichiens 1,500 prisonniers, au nombredesquels se trouvait le général Baron d’Aspres, qui dirigeait la défense deMontefaccio. Ce fut la 24 e demi-brigade de ligne qui eut la gloire de s’emparerde ce général. Chose remarquable, les soldats français , malgré l’état de dénù-ment où ils se trouvaient, ne dépouillèrent point leurs prisonniers. Massénafut reçu dans Gênes au milieu des acclamations universelles.
La vue de tant de prisonniers excita un enthousiasme difficile à décrire;mais le vainqueur de Zurich n’était pas homme à s’endormir sur un succès. Iln'oublia pas qu’il avait devant lui une armée ennemie de près de 80,000 hom-mes, et qu’il n’avait à opposer que 15,320 hommes affaiblis par les maladies etpar les privations.
Il divisa son armée en deux corps : le premier, sous les ordres du généralMiollis, fut chargé de la défense de Gênes ; le second devait tenir la campagnedivisé en deux ailes placées, celle de droite sous les ordres du général Soult,celle de gauche sous les ordres du général Suchet.
Après avoir ainsi disposé son armée, le général en chef résolut de faire unmouvement pour débloquer Savone et rétablir les communications avec lecorps d’armée aux ordres du général Suchet. Le succès de ce mouvementdevait nous rendre en outre notre première ligne de défense; ce fut pendant lanuit du 8 au 9 avril que nos colonnes se mirent en marche sur Voltri et Ver-ragio; mais l’ennemi, qui épiait les mouvements des Français , parvint, grâceaux sinuosités des montagnes, à se glisser en avant de Verragio et à tourner laposition du général Gardanne . Mêlas somma aussitôt ce général à se rendre :« Les Français, » lui répondit Gardanne , « ne capitulent point quand ils peu-vent se battre; » et il renvoya le parlementaire.
Cependant des bruits sinistres se répandaient dans la ville et circulaient debouche en bouche; on annonça que plusieurs milliers de Piémontais, réunisaux insurgés de la Ligurie, marchaient pour couper la communication de Gênes à Voltri . Le tocsin sonne partout autour de la ville et ajoute à la frayeur qui agagné tous les esprits. Les partisans des Autrichiens qui sont dans Gênes pro-pagent tous ces bruits alarmants. Dès la veille, déjà on avait vu des fusées par-ties de Carignan et de Saint-Pierre d’Arena répondre à des signaux aperçusdans les montagnes et sur la mer. Tout enfin semble annoncer un grand dé-sastre pour les armées françaises .
Seul, calme au milieu de l’agitation, le général Masséna poursuit, sans y rienchanger, l’exécution de son plan d’attaque. Il laisse son armée, toute morceléequ’elle est, entre Gênes, Voltri et Verragio, dans les mêmes positions; seule-ment, lorsque les bruits du mouvement de l’ennemi deviennent plus sérieux,il fait évacuer la Bochetta. Il ordonne une levée de Génois, il accélère un em-prunt de cinq cent mille francs; il confie le commandement de la place auxgénéraux Miollis et Oudinot, et vient se mettre lui-même à la tête de l’ar-mée.
« Je marche à l’ennemi, » écrit-il au gouvernement de Gênes : « le général