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HISTOIRE DE L’ARMÉE
Mais le général Freyssinet déclare qu’il est impossible de rien entreprendreavant le jour avec des soldats exténués de fatigue et mourant de faim, et dontla plupart ont pris à travers la montagne la route de Gènes. Masséna frémit dedésespoir, mais il est forcé d’abandonner sa résolution, et il perd ainsi l’occa-sion de se réunir au général Soult. Le jour arrive enfin et montre à Massénatoute la vérité du rapport du général Freyssinet. Aussi, renonçant à sonprojet, il se contente d’envoyer deux demi-brigades au secours du généralSoult.
Celui-ci avait, de son côté, soutenu des luttes héroïques, livré de sanglantscombats, et, un contre vingt, arraché aux ennemis la victoire à la Yerreria,où il fit 2,000 prisonniers et s’empara de sept drapeaux, et sur les hauteursde l’Hermeth, où le secours envoyé par Masséna avait décidé le succès.
Les jours suivants, nouvelles luttes et nouvelles victoires; toutes les positionsoccupées par l’ennemi aux environs de Gênes sont attaquées tour à tour parnous : d’une part, c’est Soult à Savone et à Ponte-lvrea; de l’autre, c’est Su-chet à Final; chaque jour enfin est marqué par un combat. Mais ce -genre deguerre, le seul que pût employer Masséna contre un ennemi infiniment plusnombreux, et dont il ne pouvait triompher qu’en battant séparément ses di-visions; ce genre de guerre, disons-nous, finit par décimer nos bataillons.L’impétuosité de nos soldats faisait souvent tourner cette manœuvre à notreavantage; mais, obligés d’être toujours aux prises, de livrer des combatséternels, les corps commencèrent à s’épuiser. Les pertes de l’ennemi étaientcinq fois plus considérables que les nôtres; mais il remplaçait ses bataillonsdétruits par de nouveaux bataillons, et les déchirures de la mitraille dans sesrangs ne paraissaient plus le lendemain. Les nôtres, au contraire, conservaientleurs vides; nos journées de gloire étaient payées du sang des plus braves, etnos victoires nous affaiblissaient autant que des défaites.
Masséna fut donc obligé de renoncer à ce genre de tactique et d’abandonnerdes montagnes où ses troupes éprouvaient toute espèce de privations; il fitévacuer toutes les positions successivement. Le général Soult ramena sestroupes sur Sassello, puis sur Voltri . C’est pendant cette retraite que, cerné uninstant par la division du général Bellegarde, celui-ci lui envoya son chefd’état-major pour le sommer de se rendre, en lui faisant observer que toutedéfense devenait inutile, entouré qu’il était de toutes parts de forces considé-rables; que d’ailleurs il était à la connaissance de tout le monde qu’il n’avaitni-vivres ni cartouches.
Soult lui répondit : « Avec des baïonnettes et] des hommes qui savent; s’enservir, on ne manque de rien; et, s’il était moins tard, votre général se repen-tirait de cette démarche. »
Cependant la position du général Soult était on ne peut plus critique; maiscette fermeté imposa à l’ennemi, et sa présence d’esprit acheva de le sau-ver.
Masséna était revenu à Gênes , où les grains et les vivres commençaient àmanquer, où l’argent devenait de plus en plus rare. Il fallait découvrir des