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Tome troisième.
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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 15

vivres, se procurer de l’argent et pourvoir au besoin des troupes. Massénafrappa plusieurs impositions extraordinaires, emprunta, négocia, et parvint àfaire entrer 100,000 francs dans ses caisses; mais ces faibles ressources étaientbien insuffisantes, et le moment approchait où cette cité populeuse allait êtrelivrée à toutes les horreurs de la famine. Et puis il fallait mettre Gênes en étatde défense; car, quelque brillante qu’eût été la lutte qu’il venait de soutenir, ilne se dissimulait pas que les masses autrichiennes finiraient par l'écraser.Aussi, à peine arrivé, Masséna examine les travaux faits en avant de Gênes ,place des batteries nouvelles et organise un système de défense. Il appelle, enoutre, toute la garde nationale au service de la ville. Chaque citoyen a sonposte, chaque bataillon a son service réglé. Enfin, il se prépare à cette grandelutte de soixante jours de blocus, où, par la sagesse de son administration,l’énergie de sa volonté, l’excellence de ses dispositions, il redoubla l’ardeurdes soldats, leur fit supporter les fatigues, les privations, la misère la plus ex-trême, inspira à une nombreuse population une patience qui n’avait jamais eud’exemple, et trouva dans l’opinion publique une force morale qui le mit enétat d’exécuter tout ce qu’il était humainement possible pour le salut de Gênes et pour le salut de l’armée.

Voici un trait qui prouve jusqu’à quel point était poussé le dévouementdans cette armée.

Masséna, dont la position devenait chaque jour plus critique, envoyait sanscesse à Bonaparte des officiers chargés de dépêches; mais pas un seul n’ar-rivait. Dans la nuit du 24 avril, il chargea le chef d’escadron Franceschi,aide-de-camp du général Soult, d’une nouvelle dépêche pour le premierconsul. Ce jeune officier se jette dans une barque avec trois rameurs intré-pides et parvient, à la faveur de la nuit, à passer au travers des tripleslignes de vaisseaux anglais qui forment le blocus. Mais bientôt il est aperçuet vivement poursuivi jusqu’à quelques lieues d’Antibes . Là, les forces desrameurs sont épuisées et l’ennemi gagne de vitesse; encore quelques mi-nutes, et dépêches et messager vont tomber au pouvoir des Anglais . Fran-ceschi se décide à l’instant à gagner la terre à la nage. Il se dépouille deses habits, attache les dépêches autour de son cou, recommande aux ma-telots de manoeuvrer encore quelque temps et se jette à la mer. Il est déjàhors la vue des matelots, lorsqu’il se souvient qu’il a oublié son sabre : il \ne veut pas qu’il tombe au pouvoir des Anglais ; il retourne vers la barque,prend son sabre qu’il passe autour de son cou, nage plusieurs heures et ar-rive enfin sur le rivage de France .

On admira le noble dévouement de ce jeune homme, et le premier con-sul le nomma colonel. Franceschi demanda à achever son entreprise, et ilretourna à Gênes porter à Masséna la réponse de Bonaparte .

Cependant les ennemis resserraient chaque jour davantage le blocus deGênes ; Masséna défendait un à un chaque poste, et il espérait contenir l’en-nemi jusqu’à ce que les mouvements de l’armée de réserve vinssent le dé-gager.