22
HISTOIRE DE L’ARMÉE
Vienne et lui faisant subir un de ces grands désastres comme les Autrichienset les Prussiens en éprouvèrent depuis à Ulm et à Iéna , ou tout au moins enpoussant le général ennemi vers Ulm et Ratisbonne et l’éloignant ainsi desAlpes , de manière à ce qu’il ne pût y envoyer des secours, puis en détachantson aile droite vers la Suisse pour seconder les opérations de l’armée deréserve. Enfin, l’armée de réserve, commandée par Bonaparte en personne,devait se porter d’abord à Genève et dans le Valais pour attendre le résultatdes opérations de l’armée du Rhin, secourir au besoin celte armée et, secondéepar son aile droite, passer les monts des Alpes par le Saint-Bernard, pénétrerainsi en Piémont et surprendre les derrières du général Mêlas, occupé de-vant Gênes , lui livrer bataille et l’obliger à mettre bas les armes. Tel est l’en-semble du plan conçu par Bonaparte , mais qui subit, dans l’exécution, quel-ques modifications. Moreau, chargé du commandement en chef de l’armée duRhin, n’osa prendre sur lui la responsabilité d'une opération aussi hardie quecelle que le premier consul lui imposait. Il proposa un plan qui lui était pro-pre et qui n’avait d’autre mérite que la prudence.
« C’est un spectacle digne des regards de l’histoire que celui de ces deuxhommes opposés l’un à l’autre dans une circonstance intéressante, laquellefaisait si bien ressortir les diversités de leur esprit et de leur caractère. Leplan de Moreau, comme il arrive souvent aux plans des hommes de secondordre, n’avait que les apparences de la prudence, mais il pouvait réussir parl’exécution; car il faut le répéter sans cesse, l’exécution rachète tout : elle faitquelquefois échouer les meilleures combinaisons et réussir les plus mau-vaises (1). »
Moreau persista dans son plan, et Bonaparte fut forcé de céder à sa per-sistance.
« Qu’il fasse comme il voudra, dit le premier consul, pourvu qu’il jette lemaréchal Kray sur Ulm et Ratisbonne , qu’ensuite il renvoie à temps sonaile droite sur la Suisse . Le plan qu’il ne comprend pas, qu’il n’ose pas exé-cuter, je vais l’exécuter, moi, sur une autre partie du théâtre de la guerre. Cequ’il n’ose pas faire sur le Rhin, je vais le faire sur les Alpes . Il pourra re-gretter dans quelque temps la gloire qu’il m’abandonne. »
Or, le plan de Moreau consistait à franchir le Rhin sur trois points, Stras-bourg, Brisach et Bâle , pour déboucher en plusieurs colonnes sur la rive droite,diviser ainsi l’attention des ennemis, puis, après les avoir amenés vers les dé-filés de la forêt Noire correspondant à ces trois villes, se dérober par unemarche le long du Rhin et se présenter devant Schaffouse.
Quoi qu’il en soit, Bonaparte , étant entré dans les vues de Moreau, subor-donna le commencement de ses opérations à celles de ce général. En attendant, ils’occupa de la formation de cette armée de réserve qui n’existait encore que surle papier. Il en tira les premiers cadres dans l’armée de Hollande, qu’il réduisitde près d’un tiers en choisissant les meilleurs soldats, et dans l’armée de la