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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

d’Aoste se trouvait fermé par le fort de Rard, sur la force duquel on n’avaitque des renseignements imparfaits.

Les divers rapports où ces difficultés étaient exposées à Ronnparte n’é-branlèrent pas sa résolution. L’audacieux et prévoyant général espérait vaincrela nature elle-même. Il répondit à ceux qui lui représentaient ces obslatlescomme insurmontables : « Il faut franchir dix lieues de rochers couverts deneige? Nous démonterons nos pièces, et nous fabriquerons des traîneaux pourles transporter. Il n’y a dans ces arides montagnes qu’un peu de châtaigneset quelques bestiaux? Nous transporterons du riz et du biscuit par le lac jus-qu’à Villeneuve, le soldat en prendra pour six jours, on en portera pour sixautres à dos de mulets. Arrivés dans la vallée d’Aoste , nous volerons aux rivesfertiles du Tésin où l’abondance et la gloire récompenseront notre audace etnotre activité. » Toutefois Bonaparte attendait encore, pour se décider, le rap-port du général Marescot, chargé d’étudier cette partie des Alpes . Le savantofficier du génie dit à son tour qu’après avoir comparé tous les points des mon-tagnes, il pensait que le Saint-Bernard était le point préférable pour le pas-sage; mais il regardait l’opération comme très difficile. Bonaparte l’écoutad'abord avec beaucoup de patience, puis, l’interrompant brusquement :— Peut-on passer? lui demanda-t-il. — Oui, général, répondit Marescot, maisavec de la peine. — Eh bien, partons! s’écria l’impétueux consul. La nouvellede la séparation du corps de Suchet de celui de Masséna, et de l’investissementde ce général dans Gênes , qui lui parvint en ce moment, acheva de lever sesincertitudes.

Bonaparte était parti de Paris le 6 mai, il était à Gênes le 8. Il ordonna l’orga-nisation d’une seconde armée de réserve, sous le commandement du généralBrune. Le 13, il se rendit à Lausanne , où il passa la revue d’une partie de sestroupes, et forma l’avant-garde de l’armée expéditionnaire. C’était Lannes quicommandait cette avant-garde, Lannes, l’impétueux et irrésistible général despremières campagnes d’Italie . Il avait huit lieues à faire pour gagner l'hospicedu Saint-Bernard. Il se mit en marche pendant la nuit pour prévenir les dan-gers auxquels on est exposé dans ces montagnes quand le soleil fait fondre lesneiges. Cette première division arriva sans accident à sa destination. Les sol-dats trouvèrent des approvisionnements nombreux que le premier consul avaiteu le soin d’y faire parvenir secrètement, ainsi que sur tous les points de laroute, depuis le Jura jusqu’à l’entrée de la vallée d’Aoste . Après quelquesheures de repos, les soldats de l’avant-garde se remirent gaiement en routedans la direction de Saint-Remy, sur le revers de la montagne.

Les autres divisions passèrent ainsi successivement, jour par jour, suivant lamême route et avec le même succès. Le passage du matériel était plus diffi-cile. Les généraux Gassendi et Marmont furent chargés de présider aux pré-paratifs de cette opération. Les canons avaient été démontés en partant desarsenaux, et l’on avait fait à Paris des affûts-traîneaux. Mais l’impossibilitéde s'en servir fut bientôt démontrée. On fit creuser cent troncs d'arbres poury coucher les pièces, dont chacune était enveloppée de deux demi-troncs. —