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HISTOIRE DE L’ARMEE
le corps de Suchet, il eût aggravé la position de Mêlas; mais ce mouvementn’aurait pu commencer que le 12 juin, et peut-être eût-il alors été trop tardif,et puis Masséna croyait avoir fait assez pour l’armée de réserve. Il avait pen-dant plusieurs mois soutenu les efforts de 70,000 hommes; il en avait mis plusdu tiers hors de combat, et réduit ainsi cette armée à 40,000 soldats.
Le généralissime autrichien, en apprenant coup sur coup tous ces événe-ments, sentit sa position s’aggraver encore; il résolut en conséquence de pren-dre des mesures moins partielles; il fixa deux points de concentration à sestroupes : Alexandrie à celles qui venaient du Piémont; Plaisance à celles quiétaient autour de Gènes. Les généraux Kaim et Haddick reçurent l’ordre de seporter de Turin sur Alexandrie , et le général Elsnitz de s’y rendre par Che-rasco. Ces trois généraux devaient ensuite se diriger sur Plaisance. Il prescriviten même temps au général Ott, qui venait de Gênes , de se porter sur Plaisancepar la Bochetta; enfin le général Oreilly, qui était campé autour d’Alexan-drie avec un corps de cavalerie, reçut l’ordre de se porter également sur cetteville.
Plaisance était donc le point de mire des deux armées. C’est par la conser-vation de la tête de pont et du château de cette ville que Mêlas espérait sauverl’armée impériale; c’est par la prise de cette même ville que Bonaparte espé-rait couper la retraite aux ennemis et les détruire complètement. Mais, pendantque le généralissime de l’armée autrichienne donnait des ordres pour la con-centration de ses troupes vers ce point, Bonaparte faisait déjà marcher lessiennes pour s’en emparer.
Le général Lannes, d’après les ordres qu’il avait reçus, avait déjà passé le Pôà Belgiojoso le 6 juin; le 7, il avait porté la division Watrin au-delà de Stra-della. Murat, de son côté, s’était rabattu sur Plaisance avec sa cavalerie et unedivision d’infanterie. Cette ville n’était encore gardée que par 400 hommes,et par conséquent ne pouvait être soutenue à temps, ni par le corps détachéd’Alexandrie , assez occupé à arrêter la marche de Lannes vers Cypriano, nipar les corps en marche de Gênes et de Toscane , encore trop éloignés pourarriver à temps. Aussi les Autrichiens furent-ils obligés d’évacuer la ville,malgré l’arrivée du général Oreilly avec sa cavalerie. Pendant que Lannes etMurat remplissaient si heureusement leur mission, le général Duliesme, deson côté, enlevait Crémone à un détachement que le général Wuskassoxvich yavait laissé en se retirant, et faisait 2,000 prisonniers.
Enfin, le général Bonaparte, qui était encore à Milan , d'où il dirigeait toutesces opérations, quitta cette ville le 7 juin, après avoir passé la revue des troupesdu général Moncey, et se porta sur Pavie. Bonaparte tenait son adversaireenfermé dans une barrière de fer. Il s’agissait de l’y écraser. Il fit ses dispo-sitions en conséquence. Il se porta de sa personne à Stradella, point straté-gique important, avec 30,000 hommes, sous les ordres de Murat, Victor etLannes. La division Chabran fut placée à Verceil , avec ordre de se replier versle Tésin en cas d’attaque. La division Lapoype fut placée sur le Tésin même,à Pavie, avec ordre de disputer le passage à tout prix. Le général Béthencourt,