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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

au quartier-général un homme qui devait avoir une influence si décisive et siglorieuse sur le résultat de la journée: c’était le général Desaix. Il venait dequitter l’Égypte , où il avait laissé de si beaux souvenirs, et il venait demanderà Bonaparte sa part de dangers et de gloire dans la bataille qui allait avoirlieu. Ce brave jeune homme, d’un caractère si noble et si élevé, dont les ta-lents militaires égalaient déjà les généraux les plus célèbres de cette époque,avait une vive amitié pour le premier consul. A peine arrivé en France , ilétait accouru en Italie pour combattre à ses côtés. Bonaparte lui donna le com-mandement de deux divisions.

Le 12 au matin, le premier consul, ne voyant aucun mouvement aux avant-postes, craignit que les Autrichiens ne se fussent retirés vers Gênes ou portéssur le Tésin pour forcer le passage; il abandonna sa position de Stradella et sedirigea avec toute son armée vers Tortone.Le 13, il passa la Scrivia et débouchadans la plaine de Marengo. Arrivé à San-Giuliano, il fit faire des reconnais-sances en tout sens sans apprendre des nouvelles de Mêlas. Des aides-de-camppoussèrent vers le Pô inférieur et vers le Tésin; Mêlas n’avait paru sur aucunde ces points. Il craignit plus que jamais qu’il n’eût regagné la route de Gènes,et trembla de perdre ainsi le fruit des plus heureuses combinaisons qui soientsorties de la tête d’un homme de guerre. Trompé par cette crainte, il ordonnaà Desaix de se porter, avec la division Boudet, sur Rivalta, pour éclairer laroute de Novi, par où Mêlas devait passer pour se rendre d’Alexandrie à Gênes .En même temps, pour renforcer sa position, il appela à lui la division Lapoype,qui rejoignit la réserve au quartier-général. Le général Victor, renforcé de làcavalerie de Kellermann, reçut l’ordre de marcher sur Marengo avec deux di-visions, de culbuter les postes avancés qui s’y trouveraient et de s’emparer dupont. Lannes fut placé dans la plaine, avec une division soutenue par la cava-lerie de Murat.

Pendant que Bonaparte tremblait de voir s’échapper son adversaire, le baronMêlas arrivait à Alexandrie et apprenait la catastrophe de Montebello. Son dés-espoir fut au comble. Ce malheureux général, si cruellement éprouvé, nesavait plus où donner de la tête. Arraché par une marche foudroyante et im-prévue à ses triomphes sur le Yar et à ses rêves de conquêtes dans le midi dela France , il venait, en moins d’un mois, de subir toutes les rigueurs de. l’in-fortune; chaque jour avait été marqué par un désastre. Enfin, battu sur tousles points, harcelé sans cesse et placé dans l'alternative d’une retraite honteusedans la Ligurie ou d’une victoire plus que douteuse, il n’hésita pas à choisir cedernier moyen. Mêlas était un homme de cœur. Toutefois, avant d’essayer dese faire jour les armes à la main au travers des bataillons français , il assemblaun conseil de guerre, et, après avoir exposé sa situation avec franchise, il dé-clara aux généraux qu’il fallait combattre à tout prix. Puis, dans un ordre dujour noblement sévère, il exhorta ses troupes à se montrer dignes de leurssuccès passés et à succomber, s’il le fallait, mais avec gloire. Les officiers au-trichiens étaient dignes de le comprendre, ils n’hésitèrent pas à approuver laproposition de leur général en chef.