35
ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.
C’est dans ces conférences et dans les dispositions qu’il prit que s’écoulèrcnt-les trois jours qui avaient trompé Bonaparte sur ses intentions.
Il fut donc arrêté qu’on déboucherait par la Bormida sur les deux ponts; quele général Ott , à la gauche, se porterait avec 8,000 hommes sur Salé; qu’O-reilly, à la droite, avec 3,000 hommes, percerait sur St’ortiglione, et couvriraitainsi la droite du corps principal; enfin, que le général en chef lui-même, avecle corps de bataille fort de 20,000 hommes, filerait sur Marengo et San-Giu-liano, puis se rabattrait à gauche pour seconder le général Ott et accabler l’en-nemi par une attaque de flanc. Ces dispositions pouvaient réussir, car Mêlascomptait 31,000 hommes d’excellentes troupes, dont 8,000 de cavalerie, et 200bouches à feu, et le point sur lequel il allait engager ces forces n’était gardéque par 17,000 hommes des corps de Cannes et de Victor, par suite du mou-vement que Bonaparte , dans son impatience d’avoir des nouvelles de l’ennemiet de l'atteindre, avait ordonné la veille.
Le 14, à la pointe du jour, l’ennemi se mit en mouvement dans l’ordre quenous venons d’indiquer et franchit la Bormida. Mais sa marche fut lente, car iln’y avait qu’une seule tête de pont par où l’on pût déboucher. Oreilly, ayantpassé le premier, se porta sur Marengo. En avant de ce village, devenu à ja-mais célèbre, il rencontra la division Gardanne du corps de Victor, et la forçaà se replier sur Marengo, où elle se renferma. Victor, en apprenant ce mou-vement, dirigea en toute hâte sa seconde division (celle de Chambarlliac) sur levillage et fit prévenir le premier consul de la présence de l’armée autrichienne.Oreilly, avant de tenter une attaque sérieuse sur Marengo, attendit que le centrede l’armée autrichienne eût débouché, et donna ainsi à Victor le temps de sefortifier.
Une autre circonstance retarda l’attaque des ennemis : en avant de Marengose trouve le ruisseau le Fontanone, qui coule entre ce village et la Bormida,et dont le lit profond et les bords fangeux offrirent pour le passage des diffi-cultés aux ennemis. Le général Haddick se jeta le premier dans le lit du Fon-tanone. Le général Rivaud vint l’y attaquer. Un combat violent s’engagea surce point. Après les plus glorieux efforts, Haddick fut blessé mortellement, etses troupes se replièrent. Mêlas fitalors avancer le corps de Kaim et prescrivit àOreilly de longer la Bormida jusqu’au point nommé Stortiglione pour exécutersur notre gauche une charge de cavalerie. Kaim entra résolument dans le litdu Fontanone; mais les deux divisions de Victor, rangées en demi-cercle au-tour du ruisseau, firent un feu tellement violent sur les Autrichiens, queceux-ci furent encore une fois repoussés. Le général Oreilly, de son côté, s’étaitporté à l’endroit désigné et avait poussé le général Pilati, à la tête de 2,000chevaux, de l’autre côté du ruisseau. Une charge du général Kellermann lerejeta en désordre dans le lit fangeux du Fontanone. Ainsi, dans ce moment,les deux corps de Victor et de Lannes arrêtaient seuls les efforts de toute l’ar-mée de Mêlas. Cependant le général Ott , étant parvenu à déboucher à son tour,manœuvra pour tourner les Français et déborder le général Lannes qui, placéentre Marengo et Castel-Ceriolo, formait la droite. Pendant ce temps, les corps