Band 
Tome troisième.
Seite
36
JPEG-Download
 

30

H1STÜ1KE DE L’ARMEE

qui avaient échoué au passage du Fontanone faisaient un nouvel elfort simul-tané en face de Marengo. Une puissante artillerie les appuyait. Le combat re-commença. Les Autrichiens, qui comprennent qu’il n’y a pour eux d’autreissue que la plaine de Marengo, se battent avec un incroyable héroïsme pouréchapper aux Fourches Caudines. Les grenadiers hongrois entrent dans le ruis-seau, le franchissent sous d’effroyables décharges de mousqueterie, et parvien-nent à gravir l'autre bord. Les demi-brigades de la division Chambarlhac lesrejettent en partie dans le ruisseau, mais un de leurs bataillons se maintient etdonne le temps aux pionniers de jeter un pont de chevalets sur ce petit coursd’eau témoin de combats si acharnés. Les Autrichiens s’y précipitent en massesprofondes et avancent vers Marengo; le général Rivaud, à la tête de la 44 e ,cherche en vain à les arrêter. L’artillerie écrase ses soldats, et lui-même re-çoit une grave blessure. Il se replie, et les Autrichiens pénètrent dans Marengo.Le brave et intrépide général, affaibli par sa blessure et tout couvert de sang,n'hésite pas à les attaquer dans le village et, après la charge la plus auda-cieuse, s’en empare de nouveau; mais il ne peut pousser plus avant son succès,tant est violent le feu des nombreuses batteries ennemies. La division Cham-barlhac, à la gauche, a été, elle aussi, repoussée et même débordée parOreilly;enfin, à la droite, le général Lannes, qui venait de culbuter Kaimdans le ruis-seau, se voit tout à coup tourné par le corps nombreux du général Ott , en dan-ger d’être jeté dans la plaine, et exposé sans abri aux foudres de l’artillerieautrichienne. 11 était dix heures. La bataille était perdue. Vainement le géné-ral Champeaux, du corps de Lannes, exécutait des charges brillantes et repous-sait la cavalerie ennemie; il ne pouvait entamer les bataillons d’infanterie quicontinuaient d’avancer. Les deux divisions Gardanne et Chambarlhac, écraséeset percées à jour par le feu de 50 bouches à feu, ne pouvaient tenir une minutede plus.

C’est dans ce moment qu’arriva Bonaparte . Il amenait avec lui 800 hommesde la garde consulaire et était suivi de près par la division Monnier. 11jugea avec son coup d’œil rapide et sûr la position critique où se trouvaitson armée, et, avec cette soudaiueté d’inspiration qui était un des traits sail-lants de son génie, trouva le moyen d’arrêter les ennemis et de balancer lavictoire. Sa gauche était perdue et ne pouvait plus rien entreprendre; maissa droite se maintenait encore à Castel-Ceriolo. C’est sur ce point qu’il portases premiers efforts; en s’y maintenant, il aura un point d’appui au milieu dela plaine, il ramènera derrière sa droite sa gauche mutilée pour la déroberau feu de l’ennemi et la rallier, et il pourra manœuvrer sur le flanc des Au-trichiens. Il n’y avait pas une minute à perdre; les 800 grenadiers de la gardeconsulaire, gens d’élite s’il en fut, s’élancent tête baissée sur le corps de Ott ,arrêtent avec leurs baïonnettes formées en carrés les charges de cavalerie etparviennent à gagner Gli-Poggi. La division Monnier arrive à son tour. Bona-parte la dirige sur Castel-Ceriolo, et lui-même avec la 72 e va soutenir la gau-che de Lannes, tandis que le général Dupont va rallier les débris des divisionsde Victor. La présence du premier consul ranime tous les cœurs, nos héroï-