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HISTOIRE DE L’ARMÉE
autrefois Augereau à Castiglione, à recommencer le combat : o Oui, dit-il, labataille est perdue, mais il nest que quatre heures; nous avons le temps d’en ga-gner une.» Ces paroles flattaient trop les idées du premier consul pour qu’il n’yprêtât point l'oreille, et puis l’ardeur que les troupes montraient pour revenirà la charge était d’un augure favorable. La retraite était assurée. On pou-vait avant d'y songer tenter une nouvelle action. L’ordre fut donné en consé-quence. Les généraux Lannes, Monnier, Watrin, qui se repliaient, s’arrêtèrentsubitement, et Bonaparte , parcourant le front des divisions, leur jeta ces pa-roles qui furent bientôt répétées de bouche en bouche : « C'est assez reculeraujourd'hui; vous savez que je couche toujours sur le champ de bataille. » Desacclamations unanimes accueillent ces mots ardents et la charge est aussitôtbattue sur toute la ligne.
Cependant le général Zach continuait d’avancer vers San-Giuliano, per-suadé qu’il n’y avilit plus que quelques fuyards. Tout à coup Marmont dé-masque sur son front une batterie de 12 pièces de canon qui tirent à mitrailleet à coups redoublés. En même temps Desaix débouche du village et se jetteimpétueusement sur lui à la tête des 9 e léger, 30 e et 59 e de ligne, formés encolonnes d’attaque. Desaix marchait lui-même à la tête de la 9 e : il venait defranchir un léger pli de terrain-qui le dérobait à la vue des Autrichiens, lors-qu’il fut atteint d’une balle à la poitrine. On dit qu’il s’écria en tombant :Cachez ma mort, car cela pourrait ébranler le courage des troupes! Et avant derendre le dernier soupir, il fit dire au premier consul qu’il mourait avec leregret de n’avoir pas assez fait pour la patrie. Dors en paix dans ton linceulglorieux du champ de bataille, brave et sublime jeune homme! Tu as assez faitpour la patrie, et les splendeurs de la renommée sont à jamais acquises à tonnom; car tu as laissé, comme Épamiuondas, deux filles immortelles : Sédi—man et Marengo!
La 9 e légère, qui a vu tomber ce brave général, pousse un cri de vengeanceet se précipite, baïonnettes baissées, sur les bataillons ennemis. Elle mérite cejour-là le surnom d 'incomparable. Les deux premiers régiments formant lapremière ligne des Autrichiens, surpris déjà par une attaque à laquelle ilsétaient loin de s’attendre, ne peuvent résister à son impétuosité; ils se jettenten désordre sur la deuxième ligne et disparaissent dans ses rangs. La 9 e . légère,soutenue par les 30 e et 59 e à droite, et par les débris de la division Victor àgauche, aborde avec la même résolution la colonne de grenadiers de Latter-mann.Lechoc fut rude. Zach était au milieu des grenadiers. Ils tenaient ferme;niais ils avaient bien de la peine à résister à l’impétuosité et au nombre desassaillants. Tout à coup la division Kellerinann fond comme un ouragan ter-rible sur leur flanc. Cette charge, une des plus heureuses inspirations qu’ungénéral ait jamais eues à la guerre, coupe en deux la colonne de grenadiers,déjà assaillie de front par la division Boudet. Le trouble se met dans les rangsennemis. Les cavaliers de Kellermann sabrent avec une furie impétueuse etobligent les grenadiers autrichiens à déposer les armes. 2,000 se rendent pri-sonniers, et au milieu d’eux se trouve le général Zach, auquel Mêlas venait de