ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 3$
confier le commandement de son armée. Un succès aussi inouï n’arrête pas legénéral Kellermann; il s’élance sur la cavalerie de Lichtenstein, la met endéroute, et la suit avec une telle ardeur, que ses dragons entrent pêle-mêleavec les fuyards au milieu du centre des Autrichiens qui se formaient dansla plaine en face de Lannes.
Lannes, électrisé par les succès de la division Boudet, marche à son tour enavant entre la colonne de Ott et la gauche de Raina. Ce dernier général,troublé par la déroute de l’avant-garde, fait des efforts inutiles pour déployerles premiers bataillons de tête. Kellermann, ainsi que nous venons de le dire,arrive en ce moment et achève de porter la confusion parmi eux. Alors uncri de détresse s’élève des rangs autrichiens : Aux ponts! aux ponts! crie-t-onde toutes parts; et tous s’y portent confusément, poursuivis par la cavaleriefrançaise. Les divisions Lannes, Boudet et Kellermann, parcourent en moinsd’une heure la plaine que les Autrichiens avaient mis huit heures à conquérir.Cependant quelques bataillons de grenadiers, appuyés par la cavalerie, es-saient de se former pour protéger le passage de la Bormida. La confusion estextrême; on se presse à l’entrée des ponts et l’encombrement augmente; plu-sieurs conducteurs d’artillerie se jettent dans le fleuve avec leur canon. Il étaitalors sept heures du soir; les deux premières colonnes ennemies étaient cul-butées et Marengo était repris. La colonne de gauche seule tenait encore. Cettecolonne, qui avait dépassé Castel-Ceriolo en apprenant les désastres du gé-néral Zach, s’arrête, se replie en toute hâte vers ses communications; maisdéjà le village est repris, et il est obligé de se faire jour à la baïonnette pourregagner la Bormida.
Le baron de Mêlas, informé subitement de ce désastre, ne veut point encroire les nombreux rapports qui lui arrivent de toutes parts. Il accourtsur les bords du fleuve où son armée s’agite en tout sens dans une con-fusion inexprimable; il jette les yeux sur le champ de carnage et les dé-tourne plein d’effroi. Il s’était battu pour s’ouvrir le passage et échapper àune capitulation; il fallait renoncer à cette espérance. Le malheureux vieil-lard était confondu de désespoir.
Ainsi se termina la journée de Marengo, célèbre entre toutes celles de la ré-publique par ses résultats prodigieux et par l'influence qu’elle exerça sur lesdestinées de la France et de l’Europe . L’armée impériale laissait sur le champde bataille 7,000 hommes hors de combat, dont 300 officiers, 3,000 prison-niers et 23 pièces de canon.
Les Français , de leur côté, avaient perdu 7,000 hommes tués ou blessés et1,000 prisonniers. Les généraux Mainoni, Rivaud, Mulher , Champeaux, étaientblessés. Mais la perte la plus grande était celle de Desaix. Depuis Hoche, laFrance n’avait pas eu à déplorer la mort d’un plus grand citoyen, et l’arméed’un général plus estimé.
Mêlas, pendant la nuit qui suivit la bataille, chercha à réorganiser les tristesdébris de son armée; mais il ne savait à quel parti s’arrêter, lorsqu’il appritque l’infatigable Bonaparte faisait sommer la tête du pont de la Bormida. Il