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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

réunit un conseil de guerre, et proposa une capitulation comme seul moyende sauver l’armée. Cette proposition fut adoptée, et un parlementaire envoyéà Bonaparte . Celui-ci, de son côté, ne demandait pas mieux que de traiter.Après une telle victoire, l'évacuation de Tltalie était certaine; il avait hâte deretourner à Paris. En conséquence, on signa à Alexandrie une convention auxtermes de laquelle il devait y avoir armistice entre les deux armées jusqu’à ceque la cour de Vienne eût statué sur les propositions de paix. En attendant, lesFrançais entrèrent en possession de toute l’Italie septentrionale jusqu’à Man-toue et au Mincio. Les places fortes leur étaient rendues, et, de ce nombre, laville de Gênes. Les Autrichiens leur abandonnèrent, en outre, 1,500 pièces decanon et des approvisionnements immenses.

M, Thiers , dans son excellente Histoire du Consulat, fait les réflexions sui-vantes sur cette bataille : « Quelques détracteurs ont prétendu attribuer au gé-néral Kcllermann le gain de la bataille de Marengo et tous les résultats quecette mémorable bataille entraîne à sa suite. Pourquoi donc, s’il faut dépouil-ler de cette gloire le général Ronaparte, ne pas l’attribuer à cette noble vic-time de la plus heureuse inspiration, à ce Desaix qui, devinant, avant de lesavoir reçus, les ordres de son chef, vint lui apporter la victoire et sa vie? Pour-quoi ne pas l’attribuer aussi à cet intrépide défenseur de Gênes , qui, en rete-nant les Autrichiens sur l’Apennin, donna au général Bonaparte le temps dedescendre des Alpes et les lui livra presque à moitié détruits? A ce dire, lesgénéraux Kellermann, Desaix, Masséna, seraient tous les véritables vainqueursde Marengo, tous, excepté le général Bonaparte . Mais, en ce monde, le crides peuples a toujours décerné la gloire, et le cri des peuples a proclamé vain-queur de Marengo celui qui, découvrant avec le coup d’œil du génie le partiqu’on pourrait tirer des Hautes-Alpes sur les derrières des Autrichiens, avaittrompé trois mois de suite leur vigilance, avait créé une armée qui n’existaitpas, rendu cette création incroyable pour toute l’Europe , traversé le Saint-Bernard sans route frayée, paru à l’improviste au milieu de Tltalie confondued’étonnement, enveloppé avec un art merveilleux son adversaire, et lui avaitlivré une bataille décisive, perdue le matin, regagnée le soir, et certaine-ment regagnée le lendemain si elle l’avait été le jour même; car, outre lesfi,000 hommes de Desaix, 10,000 hommes accourus du Tésin, 10,000 portéssur le lac Pô, présentaient le moyen infaillible de détruire l’armée ennemie....

« Le vrai vainqueur de Marengo est donc celui qui maîtrisa la fortune parces combinaisons profondes, admirables, sans égales dans l'histoire des grandscapitaines. »

Ajoutons à ces observations pleines de justice et de sens que le vainqueurfut bien servi par ses lieutenants et par son armée, qui peut bien, elle aussi,revendiquer une partie de la gloire de Marengo, par cette armée qui, impro-visée, pour ainsi dire, rivalise, en quelques mois, avec les plus belles arméesde la république, par sa discipline, sa constance, son intrépidité et ses travauxprodigieux; par cette armée qui traverse les grandes Alpes au milieu des ob-stacles les plus grands, traînant ses canons à bras au milieu des précipices du