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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMEE

57% placée sous le feu de 16 pièces de canon chargées à mitraille, lit des pro-diges de valeur. On la vit charger jusqu’à cinq fois sur l’ennemi, qui s’avançaitpour la débusquer, et culbuter la cavalerie ennemie. Le général Delmas com-battait danssesrangs. Laconduitede cette demi-brigade fut si admirable, que, lelendemain, le général Moreau, parcourant le champ de bataille et examinant leterrain où elle avait combattu, lui dit: Si votre conduite en Italie ne vous avaitpas depuis longtemps mérité le surnom de terrible, les Autrichiens vous l’auraientdonné dans la journée d hier.

Cependant le combat se soutenait avec des chances diverses : Kray venait derecevoir les dernières troupes du prince Ferdinand, maisl’arrivéedeRichepansedécida la victoire en faveur des Français . La bataille avait duré toute la jour-née. Elle avait commencé à 9 heures du matin et n’était pas encore terminéelorsque la nuit couvrit de son ombre ce vaste champ de carnage. Les Autri-chiens profitèrent de cette circonstance pour faire leur retraite vers le Danube ,épouvantés des vides qui existaient dans leurs rangs; car ils n’avaient pas perdumoins de 8,000 hommes. La perte des Français avait été presque aussiforte.

Pendant ce temps, que faisait le général Saint-Cyr avec ses 25,000 hommes?Campé à Neuhausen Ob-Eck , il resta dans une inaction que rien ne peut ex-pliquer, que rien ne peut justifier aux yeux de l’histoire. Sa présence sur lelieu du combat pouvait amener des résultats tellement décisifs que la campagneeût pu être terminée d’un seul coup sur les bords du Danube : on a dit, pourjustifier cette étrange inaction, que le général n’avait reçu aucun des nom-breux messages que lui avait envoyés Moreau. Neuhausen était trop rapprochéde Moeskireh pour que cette supposition soit admissible, et puis un homme in-telligent et habile comme lui, chargé d’un tel commandement, n’avait pas be-soin d’ordre pour marcher au canon. Il devait, comme Desaix à Marengo, pré-venir l’intention du général en chef et lui porter un secours décisif. GouvionSaint-Cyr ne le fit point. Déjà sa lenteur à Stokach avait été répréhensible;son inaction à Moeskireh était coupable; elle justifie le reproche qu’on lui a faitd’avoir cédé à de misérables sentiments de jalousie et de mauvaise fraternitémilitaire. Mais Saint-Cyr était homme à réparer une faute sur le champ debataille et il ne tarda pas à le faire.

Les Autrichiens, après la perte de la bataille de Moeskireh, s’étaient retirés der-rièrele Danube . Legénéral Saint-Cyr, appuyant à gauche, lessurprit à Sigmarin-genau moment où ils passaient le fleuve en désordre. Illeurfitéprouverdespertesconsidérables, et nul ne doute que son attaque n’eût été décisive s’il eût étéappuyé par Moreau; maiscelui-ci, plein d’humeur contre son lieutenant, refusa,dit-on, de lui envoyer des renforts. Funeste esprit de discorde, qui sacrifiaitainsi les intérêts de la patrie! Il prit même des dispositions contraires à cellesque lui indiquait le général Saint-Cyr, et les ennemis purent s’échapper sansdanger. D’après ces nouvelles dispositions, le général Sainte-Suzanne avecl’aile gauche, Saint-Cyr avec le centre et Lecourbe avec la droite, se mirenten mouvement et s’avançèrent vers l’Iller en décrivant une ligne parallèle à ces