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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

arrivé : la division française , à mesure'qu’elle débouche de Mattenpoët, vient seranger en bataille parallèlement à la grande route; 6 pièces de canon, trans-portées jusque-là avec des efforts inouïs, sont placées en batterie au centre denotre ligne et sur notre front. La 48 e demi-brigade forme notre gauche,la 8 e notre droite, et la cavalerie du général Walther notre centre. De son côté,l’ennemi range huit escadrons en bataille sur l’autre bord de la route : 8 pièces,mises à la hâte en batterie, répondent à notre feu. Mais la neige tombe tou-jours et cache aux Autrichiens notre infériorité. Richepanse, avec le génie del’homme qui sait profiter de tout, force cet accident à lui être utile. Il faitcharger vigoureusement l’ennemi par le 1 er régiment de chasseurs à cheval;mais ce régiment est bientôt chargé lui-même par un escadron de cavalerieque lui dérobait un pli de terrain, et qui, le prenant à l’improviste par sonflanc gauche, le ramène en désordre à la droite de la 8 e demi-brigade, où il sereforme à l'instant même. Le moment est critique, la moindre hésitation peuttout perdre; Richepanse n’hésite pas : une charge à la baïonnette de la 8 e coupela ligne ennemie en travers de la grande route. Aussitôt il fait pour le général'Walther ce qu’il avait fait pour le général Drouet : il lui ordonne de se fairetuer, lui et ses hommes jusqu’au dernier, s’il le faut, pour arrêter l’ennemi,et, se mettant à la tête de la 48 e demi-brigade, c’est-à-dire de 2,000 hommes àpeine, il fait un à-gauche et s’élance sur la route, afin de se jeter dans le défiléà la poursuite de 15 ou 20,000 hommes.

Cependant la canonnade de Mattenpoët a retenti dans le défilé, et a apprisau général qui couvre le parc d’artillerie avec une réserve de grenadiers hon-grois, qu’il est menacé sur ses derrières. Aussitôt il fait volte-face avec troisbataillons, les ramène à l’entrée du défilé, où il met, pour les soutenir, troispièces de canon en batterie. A peine ces dispositions sont-elles prises, que Ri-chepanse paraît à la tète de la 48 e ; mais un feu de mitraille et de mousqueteriel’accueille en tête et en flanc : il continue de s’avancer et découvre, arrivé àquarante pas, deux bataillons hongrois qui veulent lui disputer le passage. Ilse retourne alors vers ses soldats, et étendant son épée vers l’ennemi : « Gre-nadiers de la 48 e , s’écrie-t-il, que dites-vous de ces hommes-là?— Nous disonsqu’ils sont morts, répond une autre voix. — Alors, en avant!» crie Richepanse,et il se précipite sur la colonne ennemie. Le choc est terrible; les vieux grena-diers hongrois, fermes et immobiles sous le feu de la mousqueterie ou sous lefer des baïonnettes, tiennent comme un mur. Enfin, au bout d’une demi-heurede lutte, le mur est entr’ouvert, les grenadiers hongrois sont culbutés, et la 48 etombe sur la colonne, qui ne tente même plus d’arrêter cette marche fou-droyante. Cette colonne, pressée en tête par Ney, qui vient de la refouler dansle défilé de Hohenlinden , attaquée et poursuivie en queue par Richepanse, vade l’un à l’autre comme un flux et reflux, tourbillonne sur elle-même, puisrompt ses rangs et se jette en désordre dans la forêt, qui, à droite et à gauche,s’emplit de fuyards. Enfin, au milieu des cadavres amoncelés, des chevauxsans maîtres, des canons démontés, la 48 e du général Richepanse et la 23 e dugénéral Ney se rencontrent; tout ce qui avait été pris entre elles, tout ce qui