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Tome troisième.
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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.

ment, et n’avait, après bien des peines, gagné que la moitié du penchant,quand tout à coup une avalanche, se détachant des crêtes élevées, roule avecfracas et emporte trente dragons qui disparaissent ensevelis. La colonne s’ar-rête, les traces sont comblées. Les dragons du 10 e cherchent leurs infortunéscompagnons. La nuit vient ajouter son obscurité à toutes ces horreurs, et, pourne pas être engloutie dans cette mer de neige, la colonne est forcée de rétro-grader. Le général Laboissière avait atteint le sommet avec quelques hommes.Transi de froid, accablé de fatigues, porté par deux paysans, il arrive enfin àun hospice qui, comme sur les monts du Saint-Bernard, se trouvait au milieu deces affreux rochers. Qu'on se figure la position de ce malheureux général etde ces malheureux soldats environnés de précipices et séparés du monde en-tier, sans vivres et presque sans espérances. Malgré les efforts les plus grands,la colonne du général Laboissière resta quatre jours sans pouvoir être dégagée.Enfin le général Mathieu Dumas arriva à son tour au Splugen . Sa présenceranima le courage des soldats qui s'y trouvaient déjà, et son infatigable acti-vité trouva les moyens de les tirer de cet abîme affreux. Quarante paysans ou-vrirent le chemin, des bœufs foulèrent les neiges; enfin, le 1 er décembre, lacolonne essaya de reprendre sa marche, suivie d’un convoi d’artillerie etd'une partie de la division Pully . L’exemple du général Dumas gagna tous lesofficiers; le général d’artillerie Verrières, chez qui 1 âge avait éteint une partiedes forces, retrouva une vigueur extraordinaire. Les autres officiers de cettearme, la plus exposée dans cette circonstance, imitèrent leur général et firentpasser dans l’âme de leurs inférieurs une partie de l’ardeur qui les animait.Le 10 e de dragons demanda et obtint l'honneur de former l’avant-garde, di-sant qu’il voulait prendre sa revanche contre les éléments qui l’avaient vaincuune première fois. Le chef de brigade, l’intrépide Cavaignac , était à sa tête :60 traîneaux et 100 mulets transportant l’artillerie et les munitions passèrenten même temps. Des traîneaux se brisèrent, une pièce de 4 et 21 rouesallaient être abandonnées. Le commandant Couthard de la 73 e harangue sessoldats et les engage à ne pas abandonner ce matériel; ces braves gens sechargent de les transporter de concert avec le 2 e de ligne.

Les obstacles que venait de surmonter l’avant-garde n’étaient rien com-parés à ceux que devait éprouver le général en chef à la tête de la colonneprincipale. En ell'et, à peine l’avant-garde fut-elle partie qu’un vent furieuxcombla tous les sentiers et la sépara du reste de l’armée. Macdonald s’avan-çait alors dans la vallée du Haut-Rhin. A Tusis, le chemin commença à deve-nir impraticable. On était parvenu jusqu’à ce bourg; une montagne s’élevaitau loin et paraissait infranchissable. L’armée gravit pendant deux heuresle revers de la montagne avec des difficultés inouïes; enfin elle arriva auxbords d’un précipice dont l’œil ne pouvait distinguer les profondeurs. A peineapercevait-on la tête des énormes sapins qui sans doute prennent racine aufond de cet abîme. Un mugissement sourd et continu en sortait : c’était leRhin qui, resserré par les rochers, précipitait sa course au milieu de ces gouf-fres. La vallée se resserrait de plus en plus; on était alors dans la via Mala,iii. 9