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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMÉEdont le nom seul inspire la terreur aux guides de ces stériles contrées. Deuxénormes rochers, qu’une main puissante semble avoir entr’ouverts, formentcette gorge dont la largeur est de vingt toises. Un chemin étroit taillé dansle roc, comblé par la neige et détruit par les torrents, borde le gouffre pen-dant trois lieues. Il en sort un brouillard épais produit par le choc des flotscontre les rochers. Telle est la via Mala. L’armée s’y engagea néanmoins;mais à chaque pas elle était arrêtée par la chute de quelques-uns des vieuxpins qui couronnent la cime des montagnes, par des quartiers de rocher oudes avalanches de neige qui s’en détachaient, par les accidents continuels quiarrivaient aux hommes et aux chevaux dont quelques-uns disparaissaient pourtoujours dans les abîmes, et par les malheureux soldats gelés qu’on était forcéde reporter au Splugen . L’armée était enfin parvenue à trois lieues au-delà deTusis.

Déjà le général avait laissé Tusis à trois lieues derrière lui; il descend àAnders et se trouve au niveau du Rhin . On continue de suivre la vallée,qui se rétrécit à mesure qu’on approche des sources et forme un cheminnon moins horrible que celui du Gondo au Simplon. On traverse fréquem-ment sur des arches de pierre le fleuve si fameux, qui n’est ici qu’un torrentimpétueux, roulant avec fracas à travers les débris de rochers écroulés. Cesponts, quelquefois élevés à 300 pieds au-dessus du torrent, les blindages cons-truits pour se préserver des fréquentes avalanches qui encombreraient le sen*tier, les passages taillés dans le roc, les cascades tombant à travers les torrentsd’où les glaces pendent en longs festons, enfin l’obscurité de cette route étaitaugmentée par les sapins qui couronnent les cimes près de la via Mala, l’undes sites les plus pittoresques, l’une des plus belles horreurs du chaos desgrandes Alpes. Enfin la gorge commence à s’élargir, mais le Splugen est en-core éloigné de trois lieues... Après avoir fait une halte de quelques heures,le général poursuivit sa marche. Une troisième montagne se présente, pluseffrayante que les deux autres. En différents endroits le rocher s’avance envoûte sur la tête des troupes en forme de longs cristaux et de stalactitesmonstrueuses qui éblouissent les yeux et menacent de leur chute. Enfin, l'ar-mée atteint le sommet du Splugen , étonnée de trouver des hommes et deshabitations au milieu de cette image du chaos. Les soldats lèvent les yeux, etune masse énorme de neige est devant eux : mais on cherche en vain à enmesurer l’étendue. Cependant il faut que le lendemain on ait atteint et dépasséla cime de cette montagne de neige. On s’étonne, car la nature semble avoirrassemblé sur ce point tout ce qu’elle a de plus effrayant. Une tourmenteaffreuse ébranle les neiges attachées aux sommets des rochers et comble lesprécipices, dont la surface égale désormais les sentiers. Tous les éléments sem-blent être déchaînés à la fois : la neige tombe à gros flocons; un vent impé-tueux déracine les arbres et les précipite au milieu des sentiers; mais cechemin est le seul qui conduise droit au but proposé. Le général ordonne d’a-vancer, dès lors l’impossible disparaît. Les habitants, qu’on avait rassemblés,déclarent au général que le passage est fermé, et que s’il se hasarde il périra