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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

bombes sur le port des Galères et la cité Valette, où se trouvait le quartier-géné-ral. Dès les premiers jours du blocus, une sommation est faite de la part du mar-quis de Nizza, amiral portugais, et du commodore anglais de Sonnadre. Cettesommation, conçue en termes menaçants, étant faite au nom des insurgés, legénéral Vaubois répondit aux commandants anglais et portugais : «Vous avezoublié sans doute que des Français sont dans la place. Le sort des rebelles nevous regarde pas. Quant à votre sommation, les Français n’entendent pas cestyle.» La propagation de la révolte des campagnes obligea le général Vaubois àrenfermer sa garnison dans les murs. Le commissaire du gouvernement, Ré-gnault de Saint-Jean d’Angeli, fut envoyé auprès du Directoire pour exposer ledénùment où se trouvait Malte, tandis que les ennemis recevaient continuelle-mentdes munitions, des vivres et des renforts. Les assiégeants, qui connaissaientla position de la place, renouvellent leurs sommations. L’amiral Nelson offraitdans la seconde de reconduire en France la garnison sans qu’elle fût prison-nière, si on voulait lui livrer Malte, et de pardonner aux Maltais qui s’étaientréunis aux Français . Vaubois répondit : « Nous sommes résolus de défendrecette forteresse jusqu’à l’extrémité, parce que nous sommes jaloux de mériterl’estime de notre nation comme vous recherchez celle de la vôtre, et nous noustrouvons disposés à combattre les efforts des insurgés maltais comme les vô-tres, avec tout le courage dont les gens d’honneur peuvent être susceptibles. »Vaubois redouble de soins pour la conservation de Malte, augmente l’économiedans la consommation des vivres, en réclame en Sardaigne, à Gênes, à Li-vourne et sur toutes les côtes de Rarbarie; expose continuellement au gouver-nement la situation des troupes laissées presque sans magasins sur un rocher isoléau milieu de la Méditerranée, luttant avec courage contre des ennemis vivantdans l’abondance, et employant pour les séduire tous les moyens que peuventinventer la force, une connaissance approfondie de la science militaire unieaux ressources que peuvent fournir la trahison et la perfidie. Au milieu desprivations et des dangers de tout genre, les Français ne voyaient point s’al-térer leur constance. La discipline régnait parmi les soldats de la garnison, etl’union était parfaite entre tous les corps. Un seul sentiment les animait, celuide se défendre jusqu’à la dernière extrémité pour conserver une possessiondont chacun sentait l’importance, et cependant ils apercevaient la diffi-culté de recevoir de France des secours dans le moment où l’écliec d’Aboukiravait enlevé à la marine de Toulon ses dernières ressources, où une guerresanglante arrachait à la France toutes les conquêtes de Ronaparte en Italie etdéjà menaçait ses frontières. Depuis dix mois Malte était assiégée; le gouverne-ment français n’ayant pu y faire parvenir que de faibles secours, le généralVaubois fut obligé de s’emparer du blé existant dans le séminaire. Les bour-geois furent requis de faire lê pain; quelques-uns achetaient comptant le bléqui leur était nécessaire; on employait le faible produit de cette vente aux dé-penses de l’arsenal. Bientôt Vaubois se trouva dans une pénurie d’argent égaleà celle des vivres. Il fallut recourir à un emprunt forcé. Il fit accepter aux par-ticuliers qui avaient placé des fonds au séminaire des obligations au nom du