Band 
Tome troisième.
Seite
75
JPEG-Download
 

75

ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.

gouvernement français , payables à la paix générale, si cependant les individusau profit desquels elles étaient souscrites ne portaient point les armes contrela France . Par cette mesure ingénieuse et arbitraire, il intéressa tous les richesmaltais à concourir de bonne foi à la défense de la cité de Valette. La dette gé-nérale montait, il est vrai, à plusieurs millions; mais il montrait aux prêteurspour plus de douze millions de biens à vendre, si l’on conservait cette cité. Leproduit de cette opération servit pendant longtemps à payer la solde entièrede la garnison; mais bientôt d’autres besoins urgents se firent sentir : les ha-bits des soldats tombaient en lambeaux. Yaubois, qui se trouvait dans un climatchaud, mit en réquisition toutes les cotonnades et les autres étoffes suscepti-bles de remplacer le drap. Il donna à l’infanterie de ligne des habits de coton-nade blanche; l’infanterie légère fut habillée de drap rouge, l'artillerie eut deshabillements d’étoffes brunes, et les marins des paletots rayés. Le basin servitpour les gilets et les pantalons; les officiers étaient vêtus de taffetas et de ca-melot de couleur. Durant le premier hiver, le scorbut fit les plus grands ra-vages. Pour y remédier, Vaubois encouragea parmi les troupes la culture desvégétaux. Ses invitations ne furent d’abord écoutées que par quelques canon-niers; mais, leurs essais ayant été récompensés par des bénéfices extraordi-naires, ils furent bientôt imités. Tous les fossés furent transformés en jardins;on rapporta des terres dans les endroits où elles manquaient. Mais ce n’étaientpas encore les difficultés les plus embarrassantes à vaincre : on était obligé d’al-ler chercher quelquefois la terre à de grandes distances, et souvent de la fairemonter et descendre par-dessus les remparts qui, dans certaines parties,avaient quatre-vingts pieds d’élévation, avec des machines singulièrement in-génieuses. Ces travaux ardents avaient le double avantage d’entretenir la santédes troupes et de leur procurer une nourriture salubre. L’éducation des lapinsétait encore pour eux une source de profit; ils s’exposaient aux plus grands dan-gers pour aller chercher de l'herbe pour les nourrir. Ces animaux, ainsique lespoules, furent d’un grand secours pour des hommes qui ne connurent, pen-dant près de deux ans, ni bœufs, ni moutons, même pour l’hôpital, où l’ontrouvait seulement, pour les convalescents, du bouillon de cheval, des œufs,des liqueurs et très-peu de vin. Un tel régime n’empêcha pas cependant lesmalades de se rétablir. Pendant ce temps, le marché était approvisionné chaquejour de poules, lapins, œufs, chiens, chats, rats, et de toutes autres substancescapables d’être digérées; les marins y apportaient aussi des coquillages et dupoisson, L’honneur pouvait seul faire supporter aux Français d’aussi dures pri-vations; mais elles étaient d’autant plus sensibles aux Maltais , qu’ils devaient lesattribuer à l’occupation de l’île par les Français . De là devaient naître un mécon-tentement universel et des conspirations. Au mois de janvier 1800, des Maltais forment le projet d’égorger l’état-major dans le palais, de se porter de là auMassamuchet, d’ouvrir la porte Réale, de s’emparer d’un desCavaliers, de cou-per la communication entre la Florian et les îles de l’est. Un grand nombre derebelles avaient passé sur des barques à la faveur de l’obscurité qui les avaitdérobés à la surveillance des sentinelles. Réfugiés dans des magasins extérieurs,