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HISTOIRE DE L’ARMEE
ces conjurés devaient agir en même temps que leurs complices de l’intérieur etentrer dans la ville par la porte Massamucliet. Les insurgés de la campagnedevaient, par de vives attaques, occuper les Français sur les remparts. Desavis fournis par un Grec donnent l'éveil au général Yaubois; la garnison estsur ses gardes. Un lieutenant, passant à neuf heures du soir au fort Manuel,voit de sa barque remuer le long du rempart; inquiet, il demande dans lefort quelques hommes, en prend sept; il fait feu et tue plusieurs rebelles; lesuns se rembarquent, d’autres se jettent à la mer.... Enfin les huit braves fontdix prisonniers. Le général court après les autres; on en prend une trentaine;les principaux conjurés sont arrêtés; leurs révélations apprennent qu’il n’existepas dans la ville vingt-cinq personnes fidèles aux Français . Les coupables sontfusillés. On fait, en réjouissance, une salve d’artillerie de dessus les remparts;les conjurés du dehors, entendant cette décharge, accourent en colonnes,croyant au succès des conjurés de la ville; ils sont reçus par le canon à mi-traille, qui en tue un grand nombre.On était sorti d’un péril, mais on acquéraiten même temps la preuve des dangers auxquels on était journellement exposéen habitant au milieu de conjurés ou de traîtres. Les Maltais échouent dans unassaut. Déjà cinq sommations avaient été faites. Yaubois y répondit toujoursfièrement, malgré la situation presque désespérée où il se trouvait. Cependantles moyens de subsistances et les médicaments s’épuisaient; l’instant desgrandes privations était arrivé; une poule se vendait 60 francs, un lapin12 francs, un œuf 13 sous, et le poisson 6 francs la livre. Une cruelle épi-démie, augmentant tous les maux, enlevait chaque jour cent vingt à centtrente hommes de garnison. La cour de Naples continuait de fournir aux re-belles maltais des munitions et des vivres. L’amiral Nelson envoya une nou-velle sommation oii il menaçait les Français de leur refuser une capitulationhonorable s’ils ne se rendaient pas avant l'arrivée d’une flotte russe actuelle-ment à Messine. « La valeur de la garnison de Malte , répondit Vaubois, estcelle de républicains aussi remplis de l’amour de leur devoir que de courage.Cette place est en trop bon état, et je suis moi-même trop jaloux de bien servirmon pays et de conserver mon honneur, pour écouter vos propositions. Quel-ques ennemis qui se présenlent, nous les combattrons avec vigueur et nous lesforcerons, ainsi que ceux qui pourraient venir, à nous estimer. »
Quinze jours après, les commandants anglais et portugais demandaient uneentrevue; le général Vaubois crut apercevoir dans cette démarche l’envie dedécourager la garnison en faisant de faux rapports sur la situation de la répu-blique et de lTtalie. 11 imagina de les recevoir au milieu de son état-major,dans un fort d’où ils ne pussent rien voir, et de fatiguer leurs oreilles des ac-clamations de soldats criant à tue-tête : .1 laite ou la mort! Plutôt périr toussur le rempart que de capituler! Les officiers ennemis essayèrent de parler, lescris couvrirent leur voix; ils ne purent se faire entendre, et se retirèrent, per-suadés qu’ils n’entreraient dans Malte que lorsqu’il n’y resterait pas une oncede pain. Cependant la détresse était extrême dans la ville. Vaubois fut encoreobligé de faire sortir environ deux mille sept cents bouches inutiles, espérant