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Tome troisième.
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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.

que les Anglais laisseraient passer ces malheureux. Les Anglais firent feu! Plu-sieurs furent tués, les autres passèrent un jour et une nuit dans les fossés desouvrages extérieurs, pensant que les ennemis se laisseraient fléchir à la finpar le tableau de leurs misères; les ennemis n’accueillirent leurs supplicationsqu’à coups de fusil, et ceux qui restaient rentrèrent dans la ville, où les volon-taires français partagèrent avec eux le peu de vivres qui venaient de leur êtredistribués. Une huitième sommation fut faite à la garnison de Malte , Vauboisrépondit en son nom qu’elle tiendrait jusqu’à la dernière extrémité. Cepen-dant sa position devenait chaque jour plus critique. Toutes les provisionsétaient épuisées; le bois manquait, les citernes étaient à sec. Les fièvres, lesdyssenteries, faisaient d’affreux ravages. La mort était partout et sous toutesles formes. Le blocus était si rigoureux, qu’aucun bâtiment n’avait pu pénétrerdans le port. Le contre-amiral Perrée, qui avait été envoyé pour y introduiredes vivres, essaya vainement de forcer le passage entre quatre vaisseaux an-glais . Accablé par le nombre, il succomba. Blessé d’abord à l’œil gauche d’unéclat de bois, il continua d’ordonner les manœuvres, disant à ceux qui l'entou-raient : Ce n’est rien, mes amis, ce n'est rien. Tout à coup un boulet lui enlevala cuisse.

Cette défaite décida du sort de Malte. Trois mois cependant s’écoulèrentdepuis le combat avant que la garnison consentît à ouvrir les portes. Enfinelle fut forcée de subir la rigoureuse nécessité d’une capitulation. Il ne restaitplus alors dans Malte de quoi tenir cinq jours. La capitulation accordée auxhéroïques défenseurs de l’île fut digne de leur courage et digne de l’arméefrançaise.

Voyons maintenant ce qui s’était passé en Orient depuis le 22 août, jour oùBonaparte quitta l’Égypte , confiant sa destinée aux hasards de la mer, jusqu’auxderniers combats livrés sur les murs d’Alexandrie et à la capitulation qui enfut la suite.

L’armée d’Égypte fut consternée en apprenant le départ de son général enchef. La longue et difficile campagne de Syrie qu’elle venait d’accomplir avaitrudement éprouvé tous ces hommes si éloignés de leur patrie depuis plusd’un an et sans espoir d’v revenir.

La nostalgie, cette épidémie morale, avait pris naissance au milieu des dé-serts de la Syrie , et fait en peu de temps de rapides progrès. Le désir de revoirla patrie s’était réveillé plus violent dans le cœur des soldats, et avait éclatéd’abord en suicides, puis en murmures, et même en révoltes. Affaiblie par lesmaladies, décimée par les marches dans le désert, par les combats, réduiteenfin de plus d’un quart, l’armée d’Égypte se croyait prête à périr tout entièredans ce pays, car le chemin de la patrie lui semblait à jamais fermé. De quel-que côté qu’on tournât les regards, l’espérance du retour en Europe paraissaitimpossible. Du côté de la mer, c’étaient les croisières anglaises; du côté de laSyrie , c’était Saint-Jean-d’Acre, l’imprenable; de tous les autres côtés, c’étaitle désert avec ses mers de sable. Un sombre ennui dévorait indistinctementchefs et soldats. Bonaparte , par sa présence, faisait luire quelques rayons d’es-