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HISTOIRE DE L’ARMÉEpoir dans ces pauvres esprits abattus et calmait l’effervescence toujours prêteà éclater. On se disait qu’avec lui on trouverait toujours moyen de revenir enEurope , et parfois même on se faisait à l’idée de ne quitter jamais la terred’Égypte et d’y fonder une colonie militaire. Mais quand l’homme qui sem-blait résumer en lui seul l’espérance et la force de cette année fut disparu, ledésespoir devint extrême. Les plus violentes apostrophes éclatèrent alors contrelui: on traita de lâcheté l’audacieux parti qu’il venait de prendre pour reveniren Europe, et l’on ne songea plus qu’aux moyens de revoir la France au prixmême des plus honteuses concessions. Kléber, qui avait été investi du com-mandement en chef, loin de chercher à arrêter les effets de ces dispositionsmorales qui compromettaient l’avenir de la conquête et même le salut 3e l’ar-mée, Kléber fut le premier à les faire naître et à les encourager. Cet homme,si grand au milieu des combats, si héroïque dans les dangers, était souventd’un caractère faible et irrésolu dans les épreuves ordinaires de la vie. Il n’ai-mait point Bonaparte, et ne subissait l’ascendant de son génie qu’avec humeuret impatience. Au lieu de savoir gré au vainqueur d’Aboukir de lui avoirfourni l’occasion de déployer ses grands talents, comme le lui écrivait Bonaparte dans ses lettres d’adieu, il cria le premier à la trahison, et déclara bien hautqu’il sortirait d’Égypte à quelque prix que ce fût. Cette imprudente conduite,en altérant l’esprit de l’année, pouvait avoir les résultats les plus funestes.Tous les généraux cependant ne partageaient pas les sentiments de Kléber;quelques-uns désavouèrent hautement ses paroles, et blâmèrent sa conduite;de ce nombre était le noble et brave Desaix; mais Desaix était dans la Haute-Égypte , et son influence ne pouvait balancer celle de Kléber, qui était le pluspopulaire de tous les généraux parmi les soldats. On va voir quelles furent lesconséquences de la conduite du nouveau général en chef.
A peine en possession du commandement, il adressa au Directoire un rap-port où, exagérant en mal la situation de l’armée, le nombre des soldats pré-sents sous les drapeaux, la disposition des esprits, l’état des ressources, il pré-senta tout sous le jour le plus accusateur contre Bonaparte . Ce rapport, adresséau gouvernement en double expédition et par deux voies différentes, tombaentre les mains des Anglais et produisit en Europe un effet déplorable. On crutl’armée d’Égypte entièrement perdue, et les exigences des ennemis augmen-tèrent. En ce moment, une armée de 80,000 Turcs ou janissaires, commandéspar le grand-vizir, s’avançait du côté delà Syrie,et la flotte anglaise annonçaitune descente vers les bouches du Nil . Kléber, toujours placé sous l’influencede la mauvaise humeur et de l’exil, au lieu de chercher à dissiper ce -nouvelorage qui menaçait la colonie, entra le premier en négociation avec les enne-mis, et ne craignit pas de stipuler l’abandon de l'Égypte . Ce traité était uncrime de lèse-nation, et l’histoire le reprocherait sévèrement à Kléber, s’iln’avait racheté ce moment de faiblesse par sa conduite héroïque à Hélio-polis.
Voyons, en effet, si Kléber était autorisé à signer une convention commecelle d’El-Arisch. L’armée française, lors de son arrivée en Égypte , était forte