80 HISTOIRE DE L’ARMÉE
La convention d’El-Arisch était donc un acte criminel. Nous allons voir com-ment Kléber en effaça la honte.
Le départ de Bonaparte avait ranimé les espérances des ennemis; le grand-vizir résolut d’en profiter pour porter un coup mortel à l’armée française. Sonarmée, forte de 80,000 hommes environ, se dirigea, vers la fin d’octobre, surGazah, guidée par des officiers anglais . En même temps, pour détourner l’at-tention des Français du côté des frontières de la Syrie , et faciliter le passage dudésert, un corps de 8,000 janissaires s’embarqua pour effectuer une descentesur les côte de Damiette . Ce corps, convoyé par l’amiral Sidney Smith, arrivale 29 octobre à l’embouchure du Nil et s’empara de la tour Bogaz qui en défendle passage. Mais le général Verdier, qui commandait à Damiette , attaqua lesjanissaires avec tant d’à-propos et de hardiesse, qu’en quelques minutes près
renommés comme les meilleurs fantassins de l’Orient. On sait comment fut détruit ce corps cé-lèbre, dont le nom subsiste toujours pour désigner l’infanterie.
Après le« janissaires viennent les artilleurs ou topdjys. Us sont distribués dans tout l’empire;mais leur état-major réside à Constantinople . Leur nombre varie selon le bon plaisir des souve-rains. En ce moment il est de 30,000 hommes environ. Les réformes commencées par Sélim III ,continuées par ses successeurs, ont rendu aujourd’hui cette artillerie presque aussi remarquableque celle des autres états de l’Europe . A cette époque le matériel était lourd, mal construit ettraîné par des buffles.
Les spahis ou cavaliers soldés forment un corps spécial divisé en deux classes, l’un de l’ailedroite, l’autre de l’aile gauche. Cette cavalerie est brave et se bat bien; mais les changementssurvenus dans la tactique moderne ont fait déchoir l’importance qu'elle avait prise dans lesguerres contre les milices hongroises et polonaises.
Le serrat-couly est une espèce de milice piovinciale commandée cl payée par les pachas.
Indépendamment de ces corps, il y a encore dans l’armée turque les sakkas ou corps deporteurs d’eau, chargés de traîner dans les camps l’eau qui est indispensable aux soldats pour leursfréquentes ablutions, et les djebdis ou soldats pour les escortes d’équipages et de vivres.
Autrefois le Grand-Seigneur conduisait lui-mème ses troupes à la guerre. Il a été depuis rem-placé par le grand-vizir ou général en chef, qui a pour lieutenant le séraskier, et sous ses or-dres les pachas, les soudjar-beys, et autres chefs inférieurs. Le konakdjy est une espèce dechef d’état-major général ou quartier-maître.
La tactique militaire étant alors bien arriérée, l’armée se formait en une masse pyramidalecomposée de l’infanterie des pachas et des janissaires : cette masse recevait le choc et se déployaitpeu à peu, tandis que la cavalerie cherchait à déborder lestement le flanc de l’ennemi. Aujour-d’hui la tactique militaire des Turcs est beaucoup plus avancée, et s’éloigne chaque jour davan-tage des vieilles routines, grâce aux camps de manœuvres que le jeune sultan forme chaqueannée et où l’on étudie les théories nouvelles.
Les ordres pour la marche et le combat étaient donnés par le grand-vizir et transmis laveille pendant la nuit par un crieur. S'agil-il par exemple d’une marche, le crieur parcourt lecamp répétant d’intervalle en intervalle : Vous marcherez demain, huit heures, dans telle di-rection, pour gagner tel point ou telle rivière. Ceux gui veulent partir le peuvent dès ce mo-ment I Alors chacun se mettait en route pour son propre compte et séparément. Les janissairesseuls et les artilleurs suivaient un ordre plus régulier. Lorsque l’avant-garde rencontrait un en-droit qui lui semblait convenable, elle y campait, et l’armée en faisait autant successivement,souventsans achever le mouvement projeté. Quelquefois les troupes se battaient entre elles pourdes vivres ou pour un puits; car elles ne subsistaient que parle pillage. Tel était alors l’état mili-taire et la tactique des armées de l’empire ottoman .