82
HISTOIRE DE L’ARMÉE
d’El-Ariscli allait être violée; que le gouvernement anglais refusait de laratifier et demandait que l’armée se rendît prisonnière.
C’était trop d’outrages pour une âme comme celle de Kléber. Honteux de safaiblesse et plein d’une noble indignation, il se prépara à en tirer une éclatanteet prompte vengeance. Certain que l’armée partagerait ses sentiments quandelle connaîtrait l’odieuse lettre des Anglais , il la fit imprimer pendant la nuitafin qu’elle servît de proclamation. C’était en effet une proclamation bien propreà exciter sa fureur et à ranimer son courage. Les vainqueurs des pyramideset du mont Thabor ne pouvaient lire de sang-froid un pareil outrage fait à leurgloire et à leur valeur. Aussi Kléber se contenta-t-il d'ajouter au bas : Soldats,on ne répond à une telle insolence que par des victoires; apprêtez-vous à combat-tre! Kléber ne se trompait pas, l’armée poussa un cri unanime d’indignationet de fureur et se prépara au combat. Cependant la position était bien chan-gée. Un mois avant, l’armée ennemie était sur les frontières du désert etl’Égypte était soumise. Aujourd’hui 80,000 hommes occupaient l’intérieur dupays, et le Caire n’attendait qu’un signal pour se révolter. Ainsi, devant ellel’armée avait un ennemi nombreux, derrière elle une ville de 300,000 habi-tants; elle n’occupait que le terrain qu’elle avait sous les pieds, selon l’expres-sion de Kléber, «et elle était sans crainte! glorieuse réparation d’une grandefaute! (1) » Kléber prescrivit au grand-vizir d’évacuer à l’instant même lesvilles qui lui avaient été livrées. Celui-ci fit une réponse négative. L’arméefrançaise se mit en marche aussitôt. C’était le 20 mars 1800. Elle comptait12,000 combattants.
Les Turcs occupaient la position d’El-Hanka; 6,000 janissaires gardaient levillage de Matarieb et l’avaient couvert de quelques retranchements; une par-tie de leur cavalerie se prolongeait à droite de cette position jusqu’au Nil .Kléber, après une rapide reconnaissance, comprit que la victoire était assurées’il parvenait à couper les corps avancés de l’ennemi ; il se rendit au milieu dela nuit dans la plaine de Koubé accompagné des guides de l’armée et de sonétat-major. Les troupes françaises y arrivaient successivement et se rangeaienten bataille. La clarté du ciel toujours serein dans ce climat suffisait pour l’exé-cution des mouvements, qui ne pouvaient être aperçus de l’ennemi. Kléberparcourut les rangs; la confiance que respiraient ses traits, son mâle et beauvisage, que les soldats aimaient tant à voir dans la mêlée, et surtout ses paroles,excitèrent un enthousiasme indicible, présage assuré de la victoire. 11 divisason armée en quatre carrés : ceux de droite furent placés sous les ordres dugénéral Friant, ceux de gauche obéissaient à Régnier. L’artillerie légère occu-pait les intervalles d’un carré à l’autre. La cavalerie en colonne dans l’inter-valle du centre était commandée par Leclerc. Les pièces marchaient sur lesflancs et étaient soutenues par deux divisions du régiment des dromadaires.Derrière la gauche, et en seconde ligne, était un petit carré de deux bataillons;l’artillerie de réserve était placée au centre, couverte par quelques com-
( 1 ) Histoire du Consulat.