83
pagnies de grenadiers et de sapeurs armés de fusils; d’autres pièces étaientplacées sur les deux côtés du rectangle, soutenues et flanquées par les tirail-leurs; enfin, des compagnies de grenadiers doublaient les angles de chaquecarré et pouvaient être employées pour l’attaque des postes.
Il était trois heures du matin quand les dispositions furent terminées. On semit aussitôt en marche : au point du jour on aperçut à deux portées de fusilles avant-postes de l’armée arabe, placés à Matarieh, et plus au loin, à l’ex-trémité de cette immense plaine du Nil , près d’un bois de palmiers, les ruinesde l’antique Héliopolis, qui, comme aux Pyramides,donnaient un aspect plusimposant à ce tableau du champ de bataille.
L’ordre de combat de l’armée ennemie serait difficile à expliquer, tantelle était irrégulièrement distribuée. Nassif-Pacha occupait le village de Ma-tarieh, qui avait été retranché et armé de 16 pièces d’artillerie, et qui étaitdéfendu par 6,000 janissaires et par un corps de cavalerie. Les avant-postesse prolongeaient sur la droite jusqu’au Nil , sur la mosquée de Sibilli-Hallem.C’étaient les seules dispositions qui eussent été prises; le reste de l’armée cam-pait confusément entre El-Hanka et le village d’Abouzabel.
Aux premiers mouvements de l’ennemi, Kléher comprit que son intentionétait d’envoyer nn fort détachement au Caire pour faire révolter la ville, pen-dant que le gros de l’armée arrêterait la petite armée française, l’enveloppe-rait de tous côtés et l’étoufferait dans ses étreintes. En effet, dès que le jourcommença à paraître, on distingua une forte troupe d’infanterie et de cava-lerie qui, après avoir fait un long détour dans les terres cultivées, se dirigeaitvers le Caire . Kléber lança sur elle le corps des guides. Ce brillant escadron partitau galop; mais les Maineloucks, plus nombreux, lui firent face résolument, etl'issue de cette attaque commençait à devenir douteuse, quand le général en chefla fit appuyer par le 22 e régiment de chasseurs et le 14 e de dragons. Lesennemis furent mis en fuite, et, s’éloignant à perte de vue, continuèrent leurmarche sur le Caire , au milieu des terres labourées. On ne jugea pas à proposde les poursuivre plus avant. Pendant ce temps, le général Régnier commen-çait l’attaque de la position retranchée de Malarieh. Les compagnies de grena-diers mises en réserve reçurent Tordre d’emporter les retranchements. Cesbraves gens marchèrent aussitôt au pas de charge sous le feu de l’artillerieennemie, avec une résolution digne de tels soldats. En ce moment, on vit sortirdu village une troupe nombreuse de janissaires qui se précipita à l'armeblanche sur les colonnes de gauche; mais aucun d’eux ne revint. Arrêtés defront par le feu de cette colonne, plusieurs tombent sur place; les autres, prisen flanc par la colonne de droite et bientôt enveloppés de toutes parts, péris-sent tous sous les coups de baïonnette. Leurs cadavres comblent les fossés etservent de points d’appui aux grenadiers pour escalader les retranchements,qui sont enlevés. Tout ce qui s’y trouve tombe dans leurs mains : drapeaux,artillerie, queues de pachas, effets de campement, etc. Une partie des défen-seurs de Matarieh se jette dans les maisons pour s’y retrancher ; on ne leur endonne pas le temps, ils sont égorgés et livrés aux flammes. Un grand nombre