81 HISTOIRE DE L’ARMÉE
fuient en désordre et tombent sous les sabres de nos cavaliers; quelques-uns,et entre autres Nassif-Pacha, parviennent à s’échapper et à gagner le Caire . Lecamp de Matarieh est enlevé. Ce brillant combat est l’œuvre de nos grenadiers.Le général Régnier, ayant rallié tous nos corps d’armée autour de l’obélisqued’Héliopolis , se reforme dans l’ordre de bataille qu’il avait en commençant;car on apercevait au loin des nuages de poussière qui annonçaient l'approchedes ennemis. Bientôt le nuage disparaît aux yeux de nos soldats, et ils décou-vrent, sur une légère éminence qui unit les deux villages de Séricaurt et d’El-Mareck, les masses nombreuses de l’armée ottomane tout entière. A cet aspect,les deux généraux Friant et Régnier s’ébranlèrent à la droite et à la gauche etse portèrent en avant dans leur ordre de bataille. Le grand-vizir, qu’on distin-guait à la richesse et à l’éclat de ses armes, était en personne près du villaged’El-Mareck, où il avait établi son quartier-général. Il lança sur nos colonnesdes nuées de tirailleurs. Quelques coups de canon à mitraille les eurentbientôt dispersés. Le général Friant attaqua alors le gros de l’armée ennemie.Quelques pièces d’artillerie mal montées et mal servies, placées sur le frontde l’armée turque, tirèrent longtemps sur nos carrés, mais sans succès;les boulets passaient de plusieurs toises au-dessus de la tête de nos soldats;nos artilleurs répondirent à ce feu par des décharges qui l’eurent bientôtéteint. Alors on vit les nombreux drapeaux de l’armée turque s’agiter et seréunir sur divers points. C’étaient les mêmes chefs qui ralliaient leurs soldatspour une attaque générale; les nôtres attendirent de pied ferme.
Tout à coup, la masse entière des ennemis s’ébranla, la cavalerieau premier rang; le Nil tremblait sous les pas des nombreux assaillants,un silence profond régnait dans nos carrés. Bientôt cette cavalerie, lesdébordant à droite et à gauche, les enveloppa de toutes parts en poussantde grands cris ; le général Friant est assailli le premier, il ordonne à ses sol-dats de ne tirer qu'à bout portant. Ceux-ci, calmes, impassibles au milieu desattaques impétueuses des ennemis, font un feu continu et si bien dirigé quepresque tous les coups portent. Les soldats turcs tombent par centaines, etnulle part ils ne peuvent approcher de nos invincibles et redoutables carrés.Enfin, de guerre lasse, ils abandonnent le champ de bataille et prennent lafuite en désordre. Une demi-heure avait suffi pour mettre en déroute cetteinnombrable armée. Le vizir se replia sur El-IIanka. Kléber, inquiet sur sesdesseins et craignant qu’il ne se portât vers le Caire , résolut de le poursuivreà outrance au Caire , dans le désert, sur les terres cultivées, partout enfin,jusqu’à ce qu’il eût complètement détruit ses bandes confuses; mais le géné-ral turc ne jugea pas à propos de l’attendre, il se retira en désordre vers Bel-beys. Nos soldats étaient épuisés de fatigues, Kléber leur accorda quelquesheures de repos, et le lendemain, au point du jour, ils se remirent à la pour-suite des ennemis et reprirent successivement les villes de Belbeys et de Sala-hieh, et virent le vizir s’enfoncer dans le désert avec ses derniers cava-liers, abandonnant ses propres bagages et son camp, où nos soldats trou-vèrent une infinité de drapeaux, de canons, d’armes précieuses, de che-