ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 85
vaux, de harnais, de riches vêtements d’or et desoie èt des vivres en abon-dance.
Après avoir ainsi refoulé vers le désert l’armée ennemie, Kléber revinten toute hâte vers le Caire , oii s’étaient réfugiés Nassif-Pacha et des corpsnombreux de cavalerie et d’infanterie auxquels on n’avait pu fermer la routependant la bataille. Les habitants du Caire , excités par leur présence, avaientattaqué nos soldats et égorgé les chrétiens qui se trouvaient dans la ville. Maisl’heure de la vengeance approchait : le général Friant, envoyé par Kléber,arriva le premier sous les murs du Caire . Kléber lui-même ne tarda pas àparaître; il fit bloquer étroitement la ville, et attaquer le faubourg isolé deBoulacq, où s’étaient réfugiés un grand nombre de révoltés. En un instant lefaubourg fut couvert de projectiles enflammés, et nos soldats montèrent àl’assaut. La résistance fut longue; il fallut enlever chaque maison de vive force.Kléber fit suspendre le carnage et sommer les habitants de se rendre. Sa pro-position fut repoussée, et le fer et l’incendie recommencèrent leur œuvre dedestruction. A la fin cependant, les habitants, chassés de leur maison par lesflammes, vinrent implorer la clémence des Français . Kléber fit cesser le feu,et épargna ainsi les restes de ce malheureux faubourg. Profitant ensuite avecà-propos de la terreur que cette sanglante exécution avait produite sur la po-pulation du Caire , il fit commencer aussitôt l’attaque de la ville. Un combatterrible s’engaga dans les rues entre les troupes françaises et les janissaires.Plusieurs milliers de Turcs et de révoltés y perdirent la vie, et quatre centsmaisons devinrent la proie des flammes. Les habitants demandèrent à se sou-mettre; Kléber, qui avait horreur de ces scènes de carnage, fit immédiatementcesser l’effusion du sang, et la ville du Caire rentra dans le devoir. Le vain-queur d'Héliopolis avait une seconde fois conquis l’Égypte , qu’une faute faillitlui faire perdre et qu'une grande victoire lui rendait. Il s’appliqua alors àremplir sérieusement la haute mission qui lui avait été confiée. Bientôt, grâceà ses soins, tout le pays, depuis les cataractes jusqu’aux bouches du Nil , pritl’aspect d’un établissement prospère et durable. L’administration habilemententendue, la justice impartialement faite, Mourad-Bey, notre ardent ennemi,devenu allié fidèle, tout semblait présager à la colonie militaire l’avenir leplus heureux; les soldats eux-mêmes, lorsqu’ils furent informés que Bonaparte était à la tête du gouvernement, commencèrent à retrouver leur insoucianceet leur gaieté. Le retour dans la patrie était désormais assuré, et ils songèrentmoins ardemment à y revenir. Enfin, les efforts de Kléber eurent les plusheureux résultats pour la colonie et pour l’armée, et nul ne doute aujourd’huiqu’il n’eût conservé l’Égypte à la France si un crime odieux n’avait tout àcoup tranché les jours de ce grand capitaine (t).
(1 ) Le li juin, le général Kléber, après avoir passé la revue de la légion grecque dans Plie deBoudali, vint au Caire pour présider aux réparations que M. Protain, un des ingénieurs quiavaient suivi l'armée, exécutait à son palais, situé sur la place ei Bekeh. Tous deux étaientattendus à déjeuuer chez le chef de l’etat-major de l’armée : plusieurs autres généraux devaientencore assister à ce repas, qui avait l’air d'une fête. Le général Kléber y fut très gai, car lont