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Tome troisième.
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HISTOIRE I)E L’ARMÉE

Friant était de ceux qui regardaient toujours l’ennemi en face et qui ne lescomptaient jamais. A peine eut-il vu la direction que suivait la Hotte, qu’il seporta sur le point du rivage menacé, emmenant avec lui tout ce qu’il avaitde troupes, et ne laissant pour garder Alexandrie que les marins et les inva-lides.

Le 8 mars, au point du jour, une grande agitation régnait dans la flotte; enmême temps, une vaste ligne de chaloupes et d’embarcations, s'étendant del’ouverture du lac Madieli au fort d’Aboukir, se mit en mouvement, condui-sant 6,000 hommes à la côte, les soldats courbés au fond des canots et lesrameurs debout. En ce moment, 12 à 15 chaloupes canonnières commencè-rent un feu très-vif auquel répondit celui de l’artillerie du fort et de la côte,ainsi que la fusillade de l’infanterie que Friant avait portée sur ce point. La for-midable ligne n’en continua pas moins d’avancer en bon ordre sans qu’uneseule embarcation rompît ses rangs, et jeta en moins de dix minutes 6,000hommes sur le rivage. Friant n’hésita pas à les attaquer. Infanterie, cavalerie,artillerie, se précipitèrent en même temps sur les ennemis, à la baïonnette, augalop des chevaux, au bruitdes foudres de l’artillerie. Le chocde l’infanterie fut sirude,quenossoldatss’emparèrentde cinq chaloupes encore chargées de troupeset de rameurs. Mais le nombre toujours croissant des ennemis, et le feu d’unedivision de chaloupes canonnières qui vomissaient une véritable pluie de mi-traille sur le rivage, obligèrent le général Friant à se retirer après un combatde 4 heures, et d’abandonner la plage aux ennemis. Qu’on juge du résultatde cette attaque si Menou se fût porté au secours de Friant, ainsi que le luimandait ce général, avec les 7,000 hommes de troupes et l’artillerie dont ilpouvait disposer. Après deux heures de retraite, le général Friant fit halte.

11 choisit, en avant d’Alexandrie , près du lac Madieh, une position si avanta-geuse, que le général Abercromby n’osa pas l’attaquer. Le général anglais , deson côté, s’établit fortement sur deux lignes, à cheval sur la route d’Alexandrie .Le lendemain, le général Lanusse arriva avec sa division au secours du gé-néral Friant, qui se trouva ainsi à la tète de 4,000 hommes. Aidé de cerenfort, il se porta en avant et s’empara des hauteurs qui s’étendent perpen-diculairement de la mer jusqu’à l'extrémité du lac Madieh. Mais, attaqué partoutes les forces anglaises à la fois, il dut se replier sur son ancienne position.La nouvelle du débarquement des Anglais, étant parvenue au Caire , y pro-duisit une sensation profonde. Abdallah-Menou envoya des courriers dans toutesles directions pour rappeler ses lieutenants, et, le 18 mars au soir, il arriva aucamp devant Alexandrie , après avoir rallié les généraux Régnier et Ram-pon.

La position était la même qu’à Aboukir ; malheureusement on n’avait plusaffaire à des Turcs seulement, et le génie de Bonaparte était absent. Mais avecune armée comme celle d’Égypte , avec des soldats comme ceux qui avaientvaincu aux Pyramides, au mont Thabor et à Héliopolis, on ne devait désespérerde rien. D’ailleurs, une bataille était inévitable, et le succès pouvait être favo-rable aux Français si le général en chef savait frapper un coup vigoureux sur