Band 
Tome troisième.
Seite
89
JPEG-Download
 

ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 89

l’une des deux ailes de l’armée anglaise. Les dispositions furent faites pour lelendemain, 21 mars.

La position de l’armée anglaise était excellente. Son développement attei-gnait à peine trois cents toises, et ses deux ailes étaient fortement appuyéesd’un côté au lac Madieh, de l’autre à la mer. De nombreuses redoutes proté-geaient le centre et la gauche, que couvraient encore les batteries des chaloupescanonnières. Examen fait de la position, on reconnut qu’elle n’était attaquableque par la droite, c’est-à-dire du côté de la mer. Encore fallait-il un miraclede courage pour que cette attaque réussît. Elle fut résolue néanmoins. Il futdonc arrêté qu’on écraserait la droite par un grand effort, qu’on la déborderaitau pas de course, et qu’une fois débordée, on occuperait la gauche par unefausse démonstration, et que, pendant ce temps, le reste de l’armée française,formée en colonnes, s’avancerait comme un bélier pour trouer le centre. Aupremier mouvement rétrograde de l’ennemi, toute la cavalerie devait chargerà son tour et pousser les Anglais dans le lac Madieh.

L'armée française, pour exécuter ce plan gigantesque, n’avait malheureuse-ment que 9,000 hommes et 40 pièces d’artillerie, tandis que les Anglais comp-taient 19,000 hommes, 200 chevaux, 12 pièces de canon et 30 batteries.

Au point du jour, le 21 mars, le général Lanusse, qui doit commencer l’attaquede droite, forme deux colonnes et les pousse sur le camp ennemi. Le régimentdes dromadaires engage l’action et enlève la redoute placée près du canald’Alexandrie . A cette vue, les deux colonnes se mettent en marche, le généralSilly, avec une de ces colonnes, se porte sur la grande redoute de droite, et ypénètre après avoir poignardé un régiment anglais qui la défendait. Le généralValentin, avec l’autre colonne, suit le rivage, afin de passer entre la mer et lecamp dit des Romains, et soutenir ainsi l’attaque de Silly. Mais Valentin n’ar-rive pas. Le général Lanusse, qui attend, pour poursuivre l’attaque, que sestêtes de colonnes paraissent du côté de la mer, craint que ce général n’ait étéarrêté par un obstacle imprévu. Il met son cheval au galop, arrive sur la hau-teur, et voit cette colonne engagée dans un rentrant entre la redoute et le campRomain, c’est-à-dire entre deux feux. Elle a trop tôt abandonné le bord de lamer et s’est fourvoyée. Lanusse comprend que l’audace seule peut la tirer dece mauvais pas; il n’hésite pas, il s’élance au premier rang, tire son sabre,crie : En avant! et la colonne le suit au pas de charge. En ce moment, un bouletparti des chaloupes canonnières emporte la cuisse de ce brave général. Il rouleavec son cheval tué du même coup. On le relève tout mutilé etcriant encore:En avanf/Mais cet événement a mis du désordre dans les colonnes. L’élan com-muniqué par le général Lanusse s’attiédit; le feu des ennemis redouble, lessoldats rétrogradent et vont s’abriter derrière les mamelons. La colonne dugénéral Silly, arrivant en ce moment, rencontre à l’angle de la grande redoutela 32 e demi-brigade. Les soldats, aveuglés par la fumée, se prennent récipro-quement pour des ennemis, se fusillent à vingt pas, se chargent, et ne se re-connaissent qu’en croisant les baïonnettes. Cette méprise ajoute encore à laconfusion qui règne dans les colonnes. Le général Rampon les rallie, forme

12

ni.