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HISTOIRE DE L’ARMÉE
une nouvelle attaque, il a deux chevaux tués sous lui et reçoit cinq balles dansses habits. Deux autres généraux sont tués, et rien ne peut renverser le murde fer qu’opposent les Anglais .
Pendant que l'aile gauche succombait ainsi vaillamment, l’aile droite restaitimmobile. Le général Régnier, qui la commandait, avait fait vingt fois de-mander à Menou l’ordre d’aller au secours de la gauche. Menou, qui se pro-menait tranquillementetlesbras croisés, derrière les lignes, avait fait répondrechaque fois qu’il n’était pas temps d’agir. A la fin, Régnier, ne prenant conseilque de sa conscience, s’était porté à son tour en avant, afin de faire une diver-sion en faveur des colonnes engagées. Il ordonna au général Dumas de pousserdes tirailleurs jusqu’au canal d’Aboukir, et au général Friant de marcher di-rectement sur la droite de l’ennemi, tandis que lui-même se porterait en avantpour l'appuyer. Le général en chef, qui jusque-là n’avait pas jugé à proposd'agir, commit en ce moment la faute d'engager toute sa réserve à la fois,même sa réserve de cavalerie, dernier espoir de l’armée française en cas derevers. Le général Roire, qui la commandait, fit observer à Menou que le mou-vementétait prématuré et hasardeux. Mais l’ordre donnéest répété avec un tonqui ne permet pas la réplique. Roire tire son sabre, se met à la tête de la ré-serve, et, piquant son cheval des deux : « Camarades , crie-t-il, on nous envoieà la gloire et à la mort, marchons! » Les escadrons, enlevés par ces paroles, seprécipitent à sa suite sur le champ de bataille. Au milieu de son élan, cettemasse de cavalerie se trouve arrêtée par les troupes de Lanusse et de Rampon ,qui se replient en désordre sur le général Régnier, qui lui-même était forcéde se rallier au général Friant. 11 comprend la faute qu’a faite le général enchef en engageant ainsi la réserve. Il veut arrêter nos escadrons, mais sa voixn’est pas entendue. Déjà une partie l’a dépassé. Il change alors d’avis, et, aulieu d’arrêter son élan, il cherche à le redoubler en criant lui-même : Enavant! et en faisant appuyer la cavalerie de Roire par l’infanterie de Silly. Ence moment, le général Silly a la cuisse emportée par un boulet de canon; legénéral Raudot le remplace, il est frappé à mort. Les corps d’infanterie, para-lysés par ce double accident, n’avancent plus qu’avec hésitation; la cavalerieseule continue de marcher. Roire est toujours à sa tête. Il pique ferme et abordel’ennemi avec une telle vigueur qu’il enfonce la première ligne, mais alors ilse trouve arrêté par un fossé creusé sur le front du camp anglais . Le généralBroissard, à la tête des 3 e et 14 e de dragons, fait aussitôt un à-droite, tourne lefossé, essuie presque à bout portant en plein travers la double décharge de lamousqueterie et de l’artillerie et tombe percé de deux balles. Les deux régi-ments hésitent, reculent, se mettent en retraite.
Le général Roire accourt avec la seconde ligne, pointe en désespéré, enfonceles Anglais et pénètre au milieu de leur camp, où les chevaux de ses cavalierss’abattent dans des trous-de-loup et des cliausse-trapes, s’enferrent dans lespiquets, s’embarrassent dans les cordes. Il n’y a plus moyen d’avancer ou dereculer. La ligne ouverte s’est refermée derrière lui. Il ordonne à ses hommesde mettre pied à terre et de tuer ou de mourir. Lui-même donne l’exemple et