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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMEE

de mer de la république, attaqua sa colonie avec la même fureur que s’il eûtété Espagnol ou Anglais . Trois colonnes se portèrent au même moment surl’arsenal et le gouvernement. Quoique surpris, les commissaires repoussèrentcette première attaque.

Le lendemain, 21 juin 1792, les hommes du général Galband, ralliés et ren-forcés du reste des équipages, réattaquèrent la ville. Galband marche contrela porte de l’arsenal, qui lui est livré. Maître de cette position, qui dominait laville, il s’empare des forts environnants.

Les commissaires civils furent obligés d’abandonner leur poste et se retirè-rent dans un endroit appelé le haut Cap, situé à une lieue de la ville. Uncamp y était établi, destiné à prévenir les irruptions des nègres de la campa-gne. Aux premiers mouvements de l’attaque, une partie des habitants déser-tent leurs maisons laissées vides; l’autre espérait rester étrangère à l’actionqui allait s’engager. Dès que les commissaires eurent quitté le Cap, les troupesde Galband se livrèrent à toutes les horreurs du pillage, et cette riche citéoffrit bientôt le spectacle d’une place prise d’assaut. Vingt mille esclaves bri-sent leurs chaînes pour se joindre à la masse des assaillants; tout est con-fondu , et, dans ce massacre épouvantable, on assassine indistinctement.L’incendie ajoute ses ravages à cette scène terrible. Les jeunes filles sont vic-times de la plus coupable passion; les femmes, les vieillards, les enfants, seprécipitent à travers les flammes de cet immense incendie pour trouver unasile. Galband ne pouvait plus maintenant faire cesser ces fureurs qu’il avaitexcitées. Il ordonne seulement d'enclouer les canons, de mouiller les poudres,afin qu’on ne pût pas détruire la flotte. Le lendemain elle fit voile vers laFrance. En route elle toucha terre aux Élats-Unis d’Amérique , pour y laisserune partie des colons que le fer et le feu avaient épargnés. Les commissaires,qui avaient su conserver une force disponible dans cette fâcheuse extrémité,furent invités par le conseil de guerre assemblé à bord des vaisseaux d’userdu reste de leur autorité en faveur des femmes et des enfants. En effet, aus-sitôt que la fatigue eut fait cesser le carnage et que les flammes s’arrêtèrentfaute d'aliment, Santhonax et Polverel redescendirent dans la ville. Tout cequi restait d'hommes fut organisé en corps civil et militaire; on recueillit lesesclaves qui venaient de conquérir la liberté au prix de leur sang, et qui nesurent pas la conserver; on donna pour asile les édifices publics que la flammen’avait pu consumer aux familles sauvées du carnage; on fouilla les dé-combres pour chercher des vivres que le besoin public réclamait, et des mé-taux utiles; puis, pour prévenir la famine, on envoya des bâtiments aux îlesvoisines et au continent. Cette cité, naguère si florissante, ressemblait à uncamp de colons jetés par la tempête sur une plage déserte.

Lorsque la justice publique rechercha les causes d’un tel malheur, les com-missaires furent accusés d’une précipitation démesurée dans l'exercice de leurspouvoirs, et le général Galband d'une imprévoyance inexcusable dans l'emploide ses moyens de vengeance, sans pour cela que ses intentions aient été cri-minelles.