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HISTOIRE DE L’ARMÉE
Il résulte de ce précepte que les colonnes ne doivent jamais être séparéesque dans le cas où l’ennemi serait encore éloigné. Mais vient-il à paraître,elles doivent se concentrer avec rapidité sur un point désigné, sans qu’il [missey avoir ni indécision ni malentendu dans les ordres donnés. L’expéditiond’Égypte révèle l’efficacité des carrés, apprend aux soldats la nécessité de seservir habilement de ses armes, à économiser ses munitions, et à conserverson sang-froid et son aplomb. Elle sert aussi à donner des idées plus sérieusessur l’emploi de la cavalerie. On y reconnaît l'importance de tout ce qu’uncheval dressé avec soin peut parvenir à faire et à porter. «Enfin, dit le colonelCarrion-Nisas, cette expédition instruit les troupes à se priver de boissons fer-mentées, qui paraissent en Europe nécessaires pour leur faire supporter les fa-tigues de la guerre, à préparer leurs subsistances, à s’accoutumer à toutessortes de nourritures, à porter des vivres pour plusieurs jours, et à résister àl’influence des climats brûlants. »
Quant à l’artillerie, nul ne porta plus loin les secrets et l’emploi de cettearme, ainsi que nous le verrons sur les champs de bataille de l’empire, où l’onvît paraître à la fois plusieurs centaines de bouches à feu dans une action, etun personnel de plus de 60,000 hommes.
Spectacle non moins honorable que les victoires ! les armées françaises,partout triomphantes, sont partout disciplinées ; partout elles respectent l’ordre,la propriété, le malheur. Plus de pillages; les exactions sont punies ; les con-tributions militaires sont imposées avec modération, reçues avec ordre et dé-cence, dépensées pour le soldat avec fidélité et enfin soumises à une exactecomptabilité.
Des consolations, des dédommagements sont assurés aux soldats mutiléspar la guerre. L’hôtel des vétérans est embelli; le temple de Mars est décoréde leurs noms. Les grenadiers de l’armée reçoivent une récompense communeet une illustration d’un genre nouveau par l’élévation d’un héros descendantde Turenne au titre, jusqu’alors inconnu, de premier grenadier de l’armée. Unnouvel hommage est consacré à la valeur et au talent militaires, joints avec lavertu et la modestie civiques, par l’inhumation solennelle de Turenne lui-même, par le monument élevé à sa mémoire, dans le temple de Mars, aumépris des préjugés nouveaux qui avaient proscrit le mérite uni à une hauteextraction, comme les anciens préjugés avaient repoussé le talent privédes recommandations de la naissance. L’émulation est excitée dans l’âmede tous les braves par les médailles, par les colonnes qui consacrent à lapostérité le dévouement de Desaix, de Kléber et de tant d’autres guer-riers morts au champ d’honneur, et enfin par ces mots sortis de l ame dupremier consul lorsque la mort frappa Desaix : « Que ne m’est-il permis depleurer ! »
Mais, avant d’entrer danscette grande période de l’empire, nous croyons né-cessaire de faire connaître sommairement les divers corps qui ont existé pen-dant la période républicaine et qui ont disparu successivement, ou qui ontété fondus dans les régiments créés au camp de Boulogne, cette haute école