Band 
Tome troisième.
Seite
125
JPEG-Download
 

ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 125

cordées aux soldats romains qui se signalaient par des actions éclatantes, cesarmes d’honneur furent recherchées avec empressement. Mais Bonaparte , quidéjà avait posé le pied sur la première marche du trône impérial, voulut en-tourer d'institutions nouvelles l’empire qu’il fondait. Il proposa la créationd'une Légion d’honneur, afin de consacrer, dit-il, « d’une manière solennellela reconnaissance nationale envers cette brave armée qui a honoré et défendula république, et mille fois bien mérité de la patrie. »

Ce projet de loi fut vivement combattu à la tribune et rencontra, ainsi quenous l’avons dit, une vive opposition dans les rangs de l’armée elle-même. Oncria à la résurrection des institutions féodales de Clovis et de Charlemagne .Les défenseurs de la république ont juré de maintenir l’égalité dans la répu-blique, et l’on crée un corps privilégié, destructif de cette égalité, un ordre dechevalerie comme il en existe encore en Autriche et en Russie . La républiquefrançaise fait la guerre aux préjugés et les remplace par d’autres. N’est-ce pastomber dans l’erreur d’une troupequi aurait vaincu l’ennemi surun point faibleet mal fortifié, et s’y renfermerait ensuite comme pour lui offrir sa revanche?

Telles étaient en résumé les objections qui s’élevaient de toutes parts contrel’institution nouvelle.

Les partisans de cette institution disaient à leur tour : Il est temps que larépublique songe à récompenser d’une manière éclatante les services desguerriers qui ont défendu la France au prix de leur sang et qui l'ont placéeau premier rang des nations du monde. Les guerriers, dont la plupart se sontsignalés par des actions d’éclat, sont inconnus de la nation, et pour ainsi direinvisibles sur le vaste champ de leur gloire. Le cœur ému des Français lescherche dans la foule; rien ne les désigne à la reconnaissance de leurs conci-toyens et à l’admiration des étrangers, et, lorsque le service se voit partout, larécompense ne se voit nulle part.

Le peuple français a fait une campagne longue et glorieuse, il est temps queses tentes triomphantes, que ses pavillons victorieux se changent en édificessolides, en portiques durables. Les édifices solides sont les institutions belles etfortes qui lient le caractère d'un peuple à ses destinées : « Allez, disait un ora-teur du gouvernement, et interrogez les Thermopyles et les Pyrénées , leschamps de Marathon et les plaines de Marengo, et demandez ce que peut lamultitude contre la vertu... Oui, ils étaient membres de la Légion d’honneurde Lacédémone ces trois cents braves qui dînaient gaiement aux Thermopyles,sûrs de souper chez les morts : apud infcros cœnaturi. »

Enfin un projet de loi ainsi conçu fut présenté d’abord au conseil d’État, autribunat, puis au corps législatif, au mois de floréal an x, et voté après di-verses discussions : au conseil d’État, par 14 voix contre 10; au tribunat, par56 voix contre 38; au corps législatif, par 166 voix contre 110.

Voici le projet de loi :

« La Légion d’honneur qui vous est proposée doit être une institution auxi-liaire de toutes nos lois républicaines et servir à l’affermissement de la ré-volution.