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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

Ainsi finit cette expédition. Elle avait duré six semaines. Elle était d’un tristeprésage pour l’Angleterre, que la France frappait ainsi au début dans le terri-toire continental formant le patrimoine de la famille royale, et qui allait setrouver menacée dans sa propre existence par les armements considérablesque Napoléon faisait sur les côtes de l’Océan et de la Manche . Du reste, la luttequi venait de s’engager entre la France et l’Angleterre était inévitable. Lesdix années de guerre que la république avait soutenues contre l'Europe avaientpour cause principale la lutte du principe démocratique contre le principe aris-tocratique. Dans cette lutte, la France , après avoir successivement vaincu toutesles puissances coalisées, s’était placée, par les traités de Lunéville etd’Amiens ,à la tète du système continental de l’Europe . L’Angleterre, de son côté, avaitmis à profit les luttes sanglantes du continent pour augmenter encore sa re-doutable puissance maritime. Entre ces deux nations ainsi placées pour domi-ner l’Europe , une guerre nouvelle était imminente, et elle ne devait finir quepar la ruine de l’une des deux. Napoléon , ne pouvant rivaliser sur la mer contreles flottes nombreuses de l’Angleterre, résolut de franchir le détroit avec unearmée et d’aller terminer dans Londres même cette éternelle rivalité des deuxpeuples, ayant pour alternative ou de devenir le maître absolu de l’Europe oude voir sa fortune s’engloutir au fond de l’Océan. La France avait perdu samarine. A peine pouvait-elle réunir 50 vaisseaux de ligne; l'Angleterre, aucontraire, pouvait porter son armement à 120 vaisseaux ou frégates : elle avaitun personnel de marins expérimentés de plus de 100,000 hommes. 11 fallaità la France dix ans de travaux dans ses chantiers et dix ans d’exercice sur lamer pour pouvoir présenter un pareil effectif de bâtiments et un pareil per-sonnel de marins. Napoléon devait donc, tout en s’appliquant à réorganisernotre marine, trouver un moyen de franchir le détroit pour porter la guerredans les lies britanniques . En conséquence, il arrêta qu’on se servirait pourl’expédition de canonnières, de bateaux plats et de péniches, bâtiments qui, parleur construction, offraient peu de prise aux boulets et, manœuvrant princi-palement à la rame, pouvaient échapper plus facilement à la surveillance descroisières. 100,000 soldats, portés sur ces frêles esquifs, exercés aux manœuvresde la mer, devaient débarquer sur les côtes britanniques et s’emparer de l’An-gleterre. Tous les ports de l’ancienne France , tous ceux de la Hollande, de laBelgique et de l’Italie et toutes les rivières navigables furent couverts de chan-tiers et de cales où se faisaient les travaux de construction de la flottille. Aucommencement de 1804, les côtes de la Manche étaient hérissées de soldats,les ports encombrés de bâtiments.

On s’était beaucoup égayé à Londres en apprenant le mode de transport in-venté par Napoléon pour débarquer ses troupes en Angleterre. Longtempson crut que c’était une feinte démonstration. Inviolables jusqu’alors dans leurîle, il n’était jamais venu à l’esprit des Anglais qu’on pût y aborder. Mais quandils purent contempler la flottille réunie à Boulogne , quand ils apprirent qu’ellecomptait près de 2,000 bateaux plats concentrés dans le détroit, malgré lescroisières anglaises, quand ils virent leur bonne tenue à la mer et au feu, l'éta-