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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMÉE

Le contre-amiral Lacrosse , qui commandait la ligne d’embossage, plaça envedette plusieurs chaloupes de grande dimension ; elles devaient donner lesignal d’alarme à l’approche des ennemis, combattre les canots, accrocher lesbrûlots et les écarter de la ligne. Vers neuf heures et demie du soir, les vedettesfrançaises aperçurent plusieurs bâtiments à la voile se dirigeant vers elles ;elles firent un feu très-vif de mousqueterie et de mitraille : mais les bâti-ments s’avançaient toujours sans riposter; on ne douta plus que ce ne fussentdes brûlots. On chercha alors à les accrocher; mais ils étaient escortés par desembarcations. 11 fallut d’abord écarter les chaloupes anglaises ; pendant cetemps, les brûlots, poussés par la marée, arrivaient à notre ligne d'embossage.Le premier brûlot traversa la première ligne de canonnières sans en heurteraucune, et, dérivant vers un bateau de la seconde ligne, fit explosion et blessadeux matelots ; le second brûlot arriva presque aussi loin que le premier etéclata également en blessant trois personnes. Le contre-amiral Lacrosse faillitperdre la vie. Ayant quitté le vaisseau amiral, il se dirigeait avec son canotvers la gauche de la ligne qui se trouvait seule engagée, lorsqu’il aperçut unbâtiment qui glissait entre la ligne d’embossage et la terre; il fit aussitôt tirerdessus et ordonna à ses matelots de faire force rames pour s’en emparer.Mais à peine se fut-il avancé à demi-portée de pistolet que le bâtiment sautaen l’air avec un horrible fracas. Heureusement il n’y eut que deux matelotsblessés par les éclats.

Tandis que les Anglais envoyaient coup sur coup toutes leurs machines in-cendiaires, les embarcations anglaises cherchaient à inquiéter les bâtimentsfrançais en dirigeant sur eux des artifices embrasés et en faisant un feu très-vif de mitraille et de mousqueterie. Mais ces odieuses tentatives échouèrent etles Anglais eurent plusieurs de leurs bâtiments coulés bas. L’action dura jus-

environ cinq milliers de poudre à canon, et par-dessus cette poudre plusieurs rangs de pelotesd’artifice assemblées deux à deux par une chaîne, et ayant la forme et la grosseur d’un melon.Lancées en l’air et dispersées par l’explosion de la poudre, ces pelotes devaient retomber a borddes bâtiments français et être retenues, par la chaîne qui les unissait deux à deux, à quelquepartie du gréement qu’elles étaient destinées à incendier.

Des barriques remplies de poudre et d’artifices, et que des boulets, renfermés dans une toileclouée sur un côté, devaient empêcher de rouler avec les lames, formaient la troisième espècede machines.

Le feu était communiqué aux machines de la première espèce par les mêmes moyens qu’auxbrûlots ordinaires. 11 n’en était pas de même pour les deux autres espèces, dont l’explosion de-vait être produite par une batterie de fusil mise en action au moyen d’un ressort adapté à unmouvement de montre qui en réglait la détente.

Quoique les Anglais eussent échoué honteusement, les Français pensèrent qu’ils allaient tâ-cher de perfectionner leurs machines, et qu’ils essaieraient de nouveau d’incendier la flottille.En conséquence, l’amiral Bruix fît augmenter les précautions déjà prises pour la mettre à l’abridu danger. Le capitaine de vaisseau Saint-Haouen, chef militaire du port de Boulogne , fut chargéd’établir une chaîne de barrage au-delà de la ligne d’embossage. Ces précautions devinrent inu-tiles; car les Anglais ne se hasardèrent plus à aucune tentative importante pour incendier lesbâtiments français ; ils se bornèrent à faire en petit un grand nombre d’essais dont le résultatfut de les décider à renoncer définitivement à leurs projets incendiaires.