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HISTOIRE DE L’ARMÉE
furieux en apprenant ces événements, fit de graves reproches à Murat. Napo-léon se rendit à Briinn, capitale de la Moravie ; il y arriva le 20 novembre.Les empereurs de Russie et d’Autriche s’étaient réunis à Olmutz , et avaientrésolu d’aller attaquer Napoléon à Briinn.
Le 29 novembre, Napoléon fait sa jonction avec l’armée d’Italie, et, le 1 er dé-cembre, il est en face de l’armée alliée, qui se développe dans les plainesd’Austerlitz. Cette armée comptait 95,000 hommes à peu près; elle s'avançaitavec une confiance extrême; c’était au point que Napoléon , ayant fait de-mander à Alexandre une entrevue, celui-ci, au lieu de se rendre à ses désirs,s’était contenté de lui envoyer son aide-de-camp, le jeune prince Dolgorouki.Ce jeune homme avait trouvé Napoléon au rendez-vous, et, après l’avoir traitéen officier de fortune avec lequel il voulait bien se commettre, mais jusquesauquel un Romanoffne pouvait descendre, avait fini par proposer au vain-queur d'Ulm de déposer la couronne de fer, de rendre la Belgique et d’évacuerà l’instant même l’Autriche et la Bavière. Le ton modéré de Napoléon n’avaitfait que confirmerles envoyésde l’empereur de Russie dans la pensée que la posi-tion des Français était on ne peut plus critique, et que cette armée tout entièreallait être prise. On assure que quelques vieux généraux autrichiens, qui avaientfait plusieurs campagnes contre le général Bonaparte , prévinrent le conseilque ce n’était pas avec cette confiance qu’il fallait marcher contre une arméequi comptait tant de vieux soldats et d’officiers du premier mérite. Ils disaientqu’ils avaient vu ce général, réduit à une poignée d’hommes, ressaisir la vic-toire par des opérations rapides et imprévues et détruire les armées les plusnombreuses; que cependant ici on n’avait obtenu aucun avantage, qu’au con-traire toutes les affaires d’arrière-garde de la première armée russe avaientété en faveur des Français. Mais à cela les officiers russes opposaient la bra-voure de leurs 80,000 soldats, l’enthousiasme que leur inspirait la présence deleur empereur, et, ce qu’ils n’osaient probablement pas dire, leur talent, dontils étaient étonnés que les Autrichiens voulussent bien méconnaître la puis-sance.
Dès la veille, Napoléon avait deviné les projets des ennemis et reconnu lafaute qu’ils avaient faite en concentrant toutes leursforcesdanslevillaged’Aus-terlitz. Leur projet était évidemment de tourner la gauche des Français . Versle milieu du jour, il monta à cheval avec les maréchaux Soult, Bernadotte etBessières, et, parcourant les rangs de l’infanterie et de la cavalerie de la garde,qui étaient sous les armes dans la plaine de Schlanpach, il s’avança jusque surla ligne des tirailleurs de la cavalerie de Murat, qui échangeaient quelquescoups de carabine avec les tirailleurs de l’ennemi. De là il avait observé, aumilieu des balles, les mouvements des diverses colonnes, et, par une de cesrévélations subites qui étaient une des facultés de son génie, il avait deviné leplan entier de Kutusoff. Dès ce moment, l’armée russe fut battue dans sapensée, et, en rentrant dans sa tente dressée sur un plateau qui dominait laplaine, il dit, en jetant un dernier regard sur l’armée ennemie : « Avant de-