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ET DE TOUS LES RÉGIMENTS.
main soir, toute cette armée sera à moi. » En effet, du haut de son bivouac, ilapercevait avec une joie indicible l’armée russe commençant, à deux portéesde canon de nos avant-postes, un mouvement de flanc pour tourner sa droite,lui enlever la route de Vienne, et, se plaçant entre lui et les étangs, le forcerà déposer les armes. C’était le comble de la présomption ou plutôt de l’igno-rance de l’art de la guerre. Vers les cinq heures de l’après-midi, la procla-mation suivante fut mise à l’ordre de l’armée :
« Soldats, l’armée russe se présente devant vous pour venger l’armée autri-chienne d’Ulm : ce sont les mêmes bataillons que vous avez battus à Hollabriin,et que, depuis, vous avez poursuivis jusqu’ici; les positions que nous occuponssont formidables, et pendant qu’ils marcheront pour tourner ma droite, ilsme présenteront le flanc.
« Soldats, je dirigerai moi-même vos bataillons. Je me tiendrai loin du feusi, avec votre bravoure accoutumée, vous portez le désordre et la confusiondans les rangs ennemis; mais si la victoire était un moment indécise, vousverriez votre empereur s’exposer aux premiers coups, car la victoire ne sau-rait hésiter dans cette journée, surtout où il y va de l’honneur de l’infanteriefrançaise, qui importe tant à l’honneur de toute la nation.
« Que, sous prétexte d'emmener les blessés, on ne dégarnisse pas les rangs,et que chacun soit bien pénétré de cette pensée qu’il faut vaincre les stipen-diés de l’Angleterre, qui sont animés d’une si grande haine contre notrenation.
« Cette victoire finira notre campagne, et nous pourrons reprendre nosquartiers d’hiver, où nous serons rejoints par les armées qui se forment enFrance , et alors la paix qui se fera sera digne de mon peuple, de vous et demoi. »
Les ennemis étaient animés d’un sentiment bien différent; ils se présentaientdevant nos grand’gardes à portée de pistolet et défilaient par une marche deflanc sur une ligne de quatre lieues, en prolongeant l'armée française, qui pa-raissait ne pas oser sortir de ses positions. Us n’avaient qu’une crainte, c’étaitque l’armée française ne leur échappât. On fit tout pour les confirmer danscette idée. Le prince Murat faisait avancer de petits corps de cavalerie dans laplaine, puis il les rappelait précipitamment, comme s’il eût été étonné desforces immenses de l’ennemi.
Le soir, Napoléon voulut visiter, à pied et incognito, tous les bivouacs. Lanuit était froide et sombre; mais il avait à peine fait quelques pas, qu'il futreconnu. Les soldats se levèrent spontanément, et, pleins d’enthousiasme, ilsfirent entendre le cri mille fois répété de : Vive l’empereur! Un des grenadiersde l’armée, voulant éclairer ses pas, ramassa la paille de son bivouac et enforma une torche enflammée qu’il mit au bout de son fusil. Ses camaradesimitèrent son exemple, et, en quelques minutes, on vit briller sur le vastefront d’une armée de 80,000 hommes cette singulière illumination. Napoléon traversa les lignes françaises à la lueur des fanaux et recueillit l’expression deconfiance et de joie de son armée. Les uns lui promettaient la victoire pour