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Tome troisième.
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HISTOIRE DE L’ARMEE

fêter l’anniversaire de son couronnement, les autres lui disaient que, le lende-main, on lui donnerait son bouquet de fête. Un grenadier s’approcha de lui;c’était un des plus vieux soldats de l'armée. « Sire, lui dit-il, je te promets, aunom des grenadiers de l’armée, que tu n’auras qu’à comhatlre des yeux et quenous t’amènerons demain les drapeaux et l’artillerie de l’armée russe pourcélébrer l’anniversaire de ton couronnement. » Napoléon goûtait la joie laplus profonde qu’il soit donné à un homme d’éprouver, et cette joie était mé-ritée. La victoire qui allait inaugurer son règne d’une manière si éclatanteétait le fruit de ses savantes combinaisons. L’armée, avec cet instinct qui ca-ractérise les masses, avait compris que le succès ne pouvait être douteux. Elleétait pleine de confiance et se préparait au combat comme il faut y aller, lecœur plein d’assurance et de joie.

Napoléon , après avoir parcouru les divers bivouacs, rentra dans sa tente,qui consistait en une mauvaise cabane de paille sans toit que lui avaient faite lesgrenadiers. 11 était radieux de contentement. Il répéta plusieurs fois : « Voilàla plus belle soirée de ma vie, mais je regrette de penser que je perdrai unbon nombre de ces braves gens. Je sens, au mal que cela me fait, qu’ils sontvéritablement mes enfants, et, en vérité, je me reproche quelquefois ce senti-ment, car je crains qu’il ne finisse par me rendre inhabile à faire la guerre. »

Si l’ennemi eût pu voir ce spectacle, il eût été épouvanté; mais l’ennemicontinuait son mouvement et courait à sa perte. Napoléon fit sur-le-champ sesdispositions. Son plan était simple. Ayant deviné les intentions de l’ennemi,dont le but était de lui couper la route de Vienne, il fallait l’encourager dansce projet, puis, affaiblissant son centre et renforçant sa droite, se jeter avec legros de son armée sur les hauteurs de Pratzen, que celui-ci abandonnait, lecouper ainsi en deux, et le précipiter dans des étangs d’où il ne pût sortir. Ilfit ses dispositions en conséquence. Davoust partit en toute hâte pour se rendreau couvent de Raygern, où, avec une de ses divisions et une division de dra-gons, il devait contenir l’aile gauche de l’ennemi, afin qu’au moment donnéelle se trouvât tout enveloppée. Il donna le commandement de la gauche aumaréchal Lannes, de la droite au maréchal Soult, du centre au maréchalBernadotte , et de toute la cavalerie, qu’il réunit en un seul point, au princeMurat. La gauche du maréchal Lannes était appuyée au Santon, position su-perbe que l’empereur avait fait fortifier et où il avait fait placer 18 pièces decanon. Dès la veille, il avait confié la garde de cette position au 17' régimentd’infanterie légère, et, certes, elle ne pouvait être gardée par de meilleurestroupes. La division du général Suchet formait la gauche du maréchal Lannes;celle du général Caffarelli formait sa droite, qui était appuyée sur la cavaleriedu prince Murat. Celle-ci avait devant elle les hussards et les chasseurs du gé-néral Kellermann et les divisions de Walter et de Beaumont, et, en réserve,les divisions de cuirassiers des généraux Nansouly et d’Hautpoul, avec 2i piècesd’artillerie légère.

Le maréchal Bernadotte , au centre, avait à sa gauche la division du généralVandamme, au centre la division du général Saint-Hilaire, à sa droite la divi—