ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 159
2,400 francs; les veuves des capitaines d’une pension de 1,200 francs; lesveuves des lieutenants et sous-lieutenants d’une pension de 800 francs; lesveuves des soldats d’une pension de 200 francs.
« Nous adoptons tous les enfants des généraux, officiers et soldats français morts à la bataille d’Austerlitz .
« Ils seront tous entretenus et élevés à nos frais, les garçons dans notre pa-lais impérial de Rambouillet , et les filles dans notre palais impérial de Saint-Germain. Les garçons seront ensuite placés et les filles mariées par nous.
« Indépendamment de leurs noms de baptême et de famille, ils auront ledroit d’v joindre celui de Napoléon . Notre grand juge fera remplir à cet égardtoutes les formalités voulues par le Code civil. »
Le lendemain, Napoléon fit poursuivre l’armée russe sur la route de Hon-grie . Le maréchal Davoust la serrait de près, et déjà elle se trouvait entouréede tous côtés, lorsque l'empereur d’Autriche demanda et obtint une entrevuede Napoléon . Elle eut lieu deux jours après la bataille.
L’empereur d’Autriche vint redemander lui-même cette paix qu’il avaitrompue. L’entrevue des deux empereurs eut lieu près d’un moulin, à côté dela grande route, en plein air.
« Sire, dit Napoléon en s'avançant jusqu’à la porte de sa tente pour recevoirFrançois II , je vous reçois dans le seul palais que j’habite depuis deux mois.
— Vous tirez si bon parti de votre habitation, qu’elle doit vous plaire, » ré-pondit celui-ci.
Dans cette même entrevue, on convint d’un armistice, et les principalesconditions de la paix furent réglées. Les Russes , que l’on pouvait écraser jus-qu’au dernier, eurent part à la trêve sur la prière de l’empereur François etsur la simple parole de l’empereur Alexandre, qu’il évacuerait l'Allemagne etla Pologne autrichienne et prussienne. La convention, au reste, fut de son côtéponctuellement suivie, et son armée se retira par journées d’étapes.
La bataille d’Austerlitz est l’une des plus grandes pages de l’histoire mili-taire du monde entier. Tout y est prodigieux, la conception du chef, l’in-telligence des officiers, le courage des soldats; le poëme est complet. Homère et Ossian n’avaient jamais rêvé d’aussi larges proportions; ils dessinaient degrandes figures, mais ici ce sont des tableaux dont l’horizon est si vaste, quel’œil ne peut le mesurer : armée colossale, général de premier ordre, lieutenantsd’une grande supériorité, soldats exercés, terrain à combinaisons, ennemisredoutables et résultats décisifs; des empereurs pour capitaines, des maréchauxpour lieutenants et l’Europe pour témoin.
Depuis quarante ans on connaît la bataille d’Austerlitz , et on la relit sanscesse avec un nouvel intérêt. En effet, lorsqu’on suit, comme nous venons dele faire, la marche de cetle armée depuis le camp de Boulogne, d’Étaples ,d’Ambleteuse et d’Ostende , lorsqu’on lit le récit des événements de cette cam-pagne, on ne peut s’empêcher d’être saisi d’admiration pour le génie del’homme qui conçoit de telles combinaisons, pour l’armée qui les exécute.Nos annales de l’histoire ne présentent rien de comparable à cette campagne,