160 HISTOIRE DE L’ARMÉE
et jamais peut-être on ne verra une lutte semblable à celle d’Auster-litz.
Il s’agissait de transporter 200,000 hommes des côtes de l’Océan dans lavallée du Danube. Napoléon n’avait jamais fait la guerre en Allemagne ; maistelle est la force de son génie, que vingt jours lui suffisent pour porter cettearmée immense sur le Rhin, et quarante du Rhin à Vienne , et danssamarcheprodigieuse tous les calculs de la prévision se réalisent, tous les coups frap-pent juste et sont décisifs. La première période de la campagne, si féconde enrésultats, est terminée en quinze jours. 100,000 hommes menaçaient nos fron-tières, 40,000 sont pris sans combat, 20,000 autres sont enlevés au pas decourse, plusieurs milliers trouvent la mort sur le champ de bataille; le restefuit épouvanté, et, chose unique dans les annales de la guerre, l’armée fran-çaise n’a perdu que 1,500 hommes.
L’arrivée de l’armée russe dans la Moravie , sa jonction avec les débris del’armée autrichienne, décident l’empereur à passer le Danube . Il établit sonquartier général à Briinn et choisit le champ de bataille où il vaincra les en-nemis. Bientôt lTnu est forcé; Braunau, Ebersberg , Linlz, tombent en notrepouvoir. L’armée française se répand comme un torrent dans la vallée duDanube. Chaque jour est marqué par un succès. Murat culbute Bagration àAmstetten; le Tyrol est balayé, Inspruck est pris, Kutusow vaincu et rejeté surl’autre rive du Danube, et Napoléon entre à Schœnbrün : Murat et Lannes s’em-parent du pont de Vienne . Les habitants s’empressent d’offrir à l’empereur lesclefs de cette capitale. Les canons, les drapeaux, les armes, les trophées del’arsenal de Vienne sont envoyés à Paris .
Pendant ce temps, l’armée d'Italie a opéré sa jonction avec l’armée du Tyrol,en chassant les Autrichiens devant elle. Aucune position n’a pu les rallier,l’Adige, la Piave, le Tagliamento, ont été franchis, et l'armée française d’Italie arrive pour prendre part aux opérations de la grar.de armée.
Les reconnaissances de l’armée française s’étendent jusqu’à Olmutz . Davoustentre àPresbourg le 27 novembre. Napoléon , fortement établi entre Briinn etTurasc, attend que l’armée ennemie vienne lui offrir la bataille. Le 1 er décem-bre 1805, il apprend que les Russes ont commencé un mouvement de flancpour tourner sa droite. «Avant demain cette armée sera à moi, » dit-il, et ildonne ses ordres en conséquence. Le lendemain, en effet, cette armée, quicompte 100,000 hommes des meilleures troupes de la Russie , est brisée, anéantie,sans que les destins aient été un moment balancés. La campagne se termine par uncoup de tonnerre, ainsi qu’il l’avait annoncé. Les débris des bataillons russes n’échappent à la captivité et à la mort que par la générosité du vainqueur, ettrois jours après, Napoléon dicte à l’empereur d’Autriche, à son bivouac d’Aus-terlitz, les conditions de paix du traité de Presbourg qui met l’Europe à sespieds.
Ainsi une seule journée sanctionnait le passé et semblait assurer l’avenir.Le roi Ferdinand de Naples avait violé, pendant la dernière guerre, le traité depaix avec la France, il est déclaré déchu de la royauté des Deux-Siciles , à la-