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Tome troisième.
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274 HISTOIRE DE L’ARMÉE

en équerre, faisant face d’un côté au Danube et de l’autre à Kollowrath. Deuxofficiers d’ordonnance accourent successivement annoncer à l’empereur, lepremier, que notre gauche est attaquée par des forces supérieures, le second,qu’elle est débordée de près de trois mille toises, et que l’ennemi, après avoirrepris Gross-Aspern, déploie des masses énormes et une artillerie formidabledans l’espace compris entre ce village et celui de Newirthaus.

Tout le plan adopté par Napoléon se trouve changé à cette nôuvelle : sesmasses se préparaient à enlever la position de Russbach , la droite en avant ;mais l’ennemi, en se glissant entre sa gauche et le Danube , le force de trans-porter sur un autre point le vérilabié champ de bataille. La manœuvre del’archiduc est hardie, mais imprudente : on ne coupe pas une armée de140,000 hommes comme une division. Deux partis restent à l’empereur : ren-verser avec sa droite la gauche de l’ennemi, forcer l’archiduc à lui abandon-ner la place qu’il occupait le matin et à reprendre celle de l’armée française,lever ses ponts et pousser devant lui jusque dans le Danube toute cette masseennemie prise entre deux feux ; ou bien de se jeter sur le centre avec les forcesréunies d Eugène, de Bernadotte , de Marmont et d’Oudinot, d’y faire une largetrouée, et d’isoler ainsi de son aile gauche et de son centre gauche tout ce quis’est aventuré sur Gross-Aspern et Essling. Ce dernier parti donnera une vic-toire moins complète; mais le premier exige, en supposant que toutes lesattaques réussissent, au moins deux heures d’exécution, pendant lesquelles lesuccès de l’ennemi peut devenir dangereux. Napoléon s’arrête au second ï ilforcera le centre des Autrichiens au lieu de tourner et de refouler leur gauche.

Cette résolution prise avec la rapidité du génie, il accourt à notre ailegauche, jette un coup d’œil sur la position des deux armées, laisse àMassénale soin de contenir cette aile sans s’engager trop vivement contre des forces sisupérieures, puis court à son centre, où une partie des troupes de Davoust,dégarnissant l’aile droite, viennent d’arriver. Eugène, qui a marché surWagram, reçoit l’ordre de changer de direction et de venir prendre à gauchela place où Masséna a d’abord combattu ; il sera immédiatement suivi de Mar-mont et des Bavarois.

Mais ces dispositions nouvelles prennent du temps; il faut occuper l’ennemiet empêcher Kollowrath d’aller plus avant. Bessières reçoit Tordre de se mettreà la tête de sa cavalerie et de charger. Une première charge s’exécute avecsuccès ; mais à la seconde, Bessières a son cheval tué sous lui. Il tombe ; on lecroit mort ; sa colonne s’arrête indécise. Walther, le brave de Hohenlinden ,lui succède ; mais il ne sait pas le but du mouvement qu’il exécute, et parconséquent l’exécute froidement ; néanmoins, pendant un instant Kollowratha été arrêté. Mais bientôt il reprend sa marche. Drouot s’avance alors derrièrela cavalerie avec 60 pièces de réserve. La cavalerie s’ouvre et démasque la ter-rible batterie : les 60 pièces s’enflamment à la fois et vomissent sur les massesautrichiennes une pluie de mitraille et de boulets. L’ennemi s’arrête, Drouotse porte en avant ; ses volées se succèdent avec une rapidité effrayante. Grâceà ce mouvement admirablement exécuté, le centre aura le temps de se former.