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HISTOIRE DE L’ARMÉE
sonniers moribonds de Kowno et de Wilna. Toutefois, le cabinet de Berlin nejeta complètement le masque que lorsqu’il vit notre débris d’armée contraintde repasser l'Oder .
La trahison de York ne laissant guère plus au maréchal duc de Tarente quela division Grandjean, il dut renoncer à défendre les bords du Niémen , et seretirer sur Kœnigsberg et la Vistule . De son côté, le roi de Naples, mis à dé-couvert sur la gauche par le même événement, se replia sur Posen , où il éta-blit son quartier général.
Il convient que pour le moment nous laissions cette armée, dont les élé-ments seuls avaient triomphé, se retirer successivement du Niémen sur la Vis-tule, puis sur l’Oder et sur l’Elbe , pour revenir à elle alors qu’une arméenouvelle, créée par les puissants efforts du patriotisme et du génie, viendral’aider à arrêter tout à coup les progrès d’un ennemi renforcé par la trahi-son. Bientôt les champs de Lutzen et de Bautzen nous offrirent le spectacletouchant de jeunes levées, mêlées à de vieux soldats aguerris par vingt ba-tailles, se confondant dans un même élan pour préserver les frontières.de lamère commune, la patrie.
C’est, pour le moment, sur la situation de notre armée en Espagne qu’ilfaut que nous portions l’attention du lecteur; mais, avant d’entrer dansl’examen de nos opérations militaires contre Wellington, il nous paraît indis-pensable de jeter un rapide coup d’œil sur la position politique du pays depuisl’époque où nous en avons détourné l’attention. Pendant que l’armée françaisetriomphait à Valence et à Tarragone, les cortès essayaient, à Cadix , de jeterles bases de leur édifice constitutionnel; mais, on l’a dit, l’élève outre toujoursle modèle : c’est ainsi que les communeros ou libéraux, en cherchant à imiternotre assemblée constituante, renchérirent sur elle dans les entraves qu’ilsimposèrent à l’autorité royale. Pareille ardeur avait, chez nous, fait repousserde l’assemblée législative les membres de la constituante. Une opposition ana-logue se révéla contre les cortès, surtout lorsqu’elles voulurent détruire lesabus qu’un clergé avide et fanatique avait amoncelés sur la malheureuseEspagne . Là fut le point de départ des haines civiles que le sang bientôt seraitimpuissant à assouvir.
Contraintes de réfléchir à la suite de leurs désastres de Tarragone et de Va-lence, les cortès prêtèrent une oreille moins dédaigneuse aux ouvertures deleur roi Joseph. Devoir la délivrance de leur patrie à l’Angleterre, qui n’agitjamais qu'en vue de ses intérêts absolus, alors même qu’elle semble obéir àdes sentiments moins égoïstes, c’était peut-être se jeter dans un remède pireque le mal de l’influence française personnifiée dans Godoï. Joseph offrait dereconnaître, sauf quelques modifications de détail, la constitution dont lesarticles fondamentaux venaient d’être promulgués. Par ailleurs, les espritssains n’avaient pu fermer les yeux aux difficultés immenses qui se présente-raient au règne d'institutions contre lesquelles conspiraient les doubles inté-rêts du clergé et de la noblesse. Les cortès crurent donc que le plus sage étaitde prêter l'oreille aux conciliations du frère de l’Empereur, et, dans ce but, elles