358 HISTOIRE DE L’ARMÉE
hommes, dont 42,000 cavaliers et 300 pièces de canons. Les Anglais étaientau nombre de 45,000, renforcés de 20,000 auxiliaires portugais , en tout 65,000hommes. Nous avions à venger la journée des Aripiles, et tout annonçait uneaffaire des plus chaudes : toutes nos troupes étaient animées du plus vif désirde combattre.
Le Tormès, grossi par les grandes pluies tombées dans les montagnes où ilprend sa source, recouvrit tous les gués, peu d'heures après que nos troupesl’eurent franchi. Nous perdîmes ainsi presque tout notre bétail et des chariots.Quelque chose de solennel semblait s’annoncer pour le lendemain. Le roiJoseph passa la nuit au milieu de ses troupes. Les cantines et les bagages n’avantpas rejoint, il dîna stoïquement et très-frugalement au milieu de ses officiers,avec ce gland rôti de chêne vert qu’on appelle dans le pays vellota. L’extrêmegaieté des troupes suppléait aux privations, et tout présageait que la batailleimminente nous serait favorable, car nous comptions un quart de troupes enplus que l'ennemi, et ces troupes étaient, la garde exceptée, l’élite des arméesimpériales. Pourtant, de son côté, Wellington avait une cavalerie excellente et300 pièces d’artillerie parfaitement approvisionnées, ce qui pouvait rétablir enpartie son infériorité numérique.
Les positions respectives étaient celles-ci : les Anglo-Portugais, renfermésdans un arc du Tormès dont nos troupes formaient pour ainsi dire la corde,avaient derrière eux Salamanque pour refuge, bien que nous y eussions undétachement de l’armée de Portugal, comme nous en avions aussi un dans lapetite ville d’Alba. Ces incidents stratégiques promettaient une affaire d'autantplus sanglante, que de l’issue semblait dépendre le sort de l'Espagne . Notreaile gauche (armée du Midi), commandée par le duc de Dalmatie , se dévelop-pait presque jusqu’à Salamanque . Le centre (armée du Centre), que comman-dait Drouet, comte d'Erlon, se trouvait appuyé sur le village des Aripiles; legénéralissime Joseph, uni au maréchal Jourdan, se tenait avec ce corpsd’armée. L’armée de Portugal enfin, qui sous les ordres du général Souham ,formait l’aile droite, s’appuyait sur Alba. Celte ample disposition ne laissaitd’autre issue à l’armée anglaise que le passage resté entre notre aile gauche etSalamanque .
Le 15 de bon matin, les mouvements commencèrent au milieu d’un tempsbrumeux, humide et peu favorable aux opérations; quelques lenteurs dans lespremières évolutions de l’armée du Midi employèrent la matinée. On a dit queSoult avait pu craindre de laisser tout l’honneur du succès au roi Joseph et àson chef d’état-major : l’issue de la bataille annule la valeur qu’eût pu obtenircette accusation. Enfin, l’heure de l’attaque étant arrivée, nos soldats pleins
d’enthousiasme et d’énergie n’attendaient que le signal du feu. lorsque
tout-à-coup l’armée anglo-portugaise, déclinant le combat, se replia vers Sa-lamanque ! Pourtant il restait encore assez d’heures de jour pour qu’on pûtécraser l’ennemi qui défilait à portée de nos pièces en nous présentant le flanc,lorsqu’une pluie diluvienne vint se joindre au brouillard qui, dès le matin,avait empêché de constater les mouvements de Wellington. Bientôt le champ