ET DE TOUS LES RÉGIMENTS. 359
de bataille dont, on l’a dit, le terrain était détestable, ne fut plus qu’un épaisbourbier, où l’infanterie se vit réduite à une sorte d’impuissance. La nuit vintnous surprendre dans cette situation. A la faveur de ses ombres, Wellington,maître des deux routes de Salamanque et de Ciudad-Rodrigo , put aisémenteffectuer sa retraite, emportant avec lui notre victoire si probable, et la remiseen question, jusqu’à une autre affaire au moins, des destinées de l’Espagne ...
Le lendemain, un corps de cavalerie, soutenu par de l’artillerie légère, futdétaché par Soult pour poursuivre l’arrière-garde ennemie, qui fut atteinteprès de Samunos. Dans l’engagement, qui fut très-vif, les noires firent prison-niers le lieutenant-général sir Edward Paget, commandant en second de l’ar-mée anglaise. Amené en présence du maréchal Soult, le général anglais luidit : «Monsieur le maréchal, décidément je suis sous l’influence de votre étoile!J’ai perdu un bras à la Corogne lorsque vous poursuiviez pour la premièrefois l’armée britannique, et aujourd’hui me voilà votre prisonnier! J'ignore ceque le ciel me réserve pour une troisième occasion.» Inutile d’ajouter combienle général anglais trouva d’égards et de prévenances chez le duc de Dal-matie.
Nous fîmes quelque butin de munitions et de vivres sur la trace de l’arméeanglaise. Nos troupes ayant besoin de repos, nous cessâmes la poursuite àà quelque distance en avant de Ciudad-Rodrigo, où le généralissime anglais fixa son quartier général; de son côté, le roi Joseph s’arrêta à Salamanque pourdéterminer les divers quartiers de l’armée, après quoi il revint dans sa capi-tale. Les trois armées prirent leurs cantonnements entre le Duero et le Tage .Soultétablit son quartier d'hiver à Tolède, et mit deux divisions à Salamanque .
Un coup d’œil sur l’ensemble de nos opérations en Catalogne et en Biscaye précédera l’examen de notre retraite sur l’Èbre , et le récit de la bataille deVitloria, qui devait mettre fin à cette étrange campagne.
Le général Lascy, resté en Catalogne , avait réussi à réorganiser un corpsd’armée dont le quartier général était dans la ville de Vique. Le baron d’Ero-les rejoignit le général en chef espagnol à San-Felice de Codinas à la fin d’oc-tobre. Le général Decaen se décida à reprendre l’offensive. Les généraux La-marque, Devaux et Expert reçurent divers commandements propres à secon-der ce dessein. Bientôt ils rejoignirent 8,000 Espagnols du baron d’Eroles,retranchés dans d’excellentes positions près d’Ametla; Expert commença l’at-taque et enleva rapidement les premiers retranchements espagnols sous lesyeux du général Lascy, qui commandait en personne, et fut obligé de céder,en laissant aux nôtres quelques centaines de prisonniers, en outre de ses 400morts et blessés.
Sur un autre point, le colonel Petit ne fut pas moins heureux contre lesbandes de Milans et de Rovira qu’il dispersa en leur causant de grandes pertes.Le générel Expert et le colonel Noguès complétèrent cet ensemble de succèsen défaisant un corps détaché du général Lascy près de San-Miguel-del-Fay.Cette suite de revers contraignit le général espagnol à se retirer sur le montSerrât, où il se fortifia, mais d’où Decaen résolut de le chasser. Secondé par