Band 
Tome troisième.
Seite
362
JPEG-Download
 

362 HISTOIRE DE L’ARMÉE

ligne parallèle, à un quart de lieue en avant de l’armée du Midi. L’armée dePortugal enfin, commandée par le général Refile, couvrait Vittoria, ayant sadroite postée à Aranguis sur la route de Bilbao . L’ensemble de ces forces neprésentait qu’un effectif de 40,000 combattants, dont 5,000 cavaliers. Le roiJoseph, hésitant peut-être à assumer la responsabilité supérieure de la jour-née, avait, dans un conseil provoqué à cet effet, consulté les généraux poursavoir si leur avis ne serait pas d’abandonner la plaine, pour se retirer surles hauteurs de Salinas et de Mondragon, positions formidables situées enarrière de Vittoria. Jourdan fut le seul à appuyer l’opinion du roi. Tous lesautres généraux furent d’avis de ne pas quitter la plaine, et d’y attendre les14,000 hommes du général Clausel et les 6,000 du général Foy, ainsi queles divisions Thouvenot et Maucune , qui avaient été retenues dans les envi-rons pour des escortes de convois. On voit qu’il importait de gagner quel-ques jours indispensables à la centralisation de l’armée, qui pourrait alorsprésenter un effectif de 70,000 hommes. Mais les renforts espérés ne devaientpas rejoindre, et le général Mina, en retenant le plus important, celui du gé-néral Clausel, contribua peut-être plus au succès ennemi, que ne le fit celuides généraux alliés qui démontra le plus de savoir et de bravoure.

Le 21 juin, au petit jour, les colonnes ennemies débouchèrent à la fois parla route de Bilbao et par celle de Madrid ; le roi Joseph et le maréchal Jourdans’avancèrent pour les recevoir en tête de l’armée du Midi. L’action s’engageaentre les tirailleurs, et dura cinq heures, avant que le gros de l’ennemi, arri-vant par le chemin de Nanclarès, engageât sérieusement le combat, en pres-sant la division Levai au milieu de laquelle le roi et Jourdan se tenaient, et quise retira peu à peu en bon ordre vers le pont d’Ariniz. Par ailleurs, notredroite était attaquée par une colonne aux ordres du général Graham, qui en-gagea l’action contre nos divisions Sarrut et Digeon. Le général Sarrut, quisoutenait le choc avec une intrépidité admirable, fut blessé mortellement,tandis que le général Digeon, à la tête de la division de dragons, forçait l'en-nemi à rétrograder.

Bien qu’inférieure en nombre, notre gauche soutenait vaillamment le com-bat, aidée du parc de Burgos fort de 33 pièces de gros calibre, que le généralHugo (t), aide-major général avait heureusement réussi à mettre en batterie.Ce feu bien dirigé foudroyait les masses ennemies, en favorisant notre con-version sur Vittoria, ordonnée par le roi généralissime. Celui-ci avait devinéle dessein de l’ennemi, qui cherchaitàse rendre maître de la route de Bayonne .Vers quatre heures du soir, le corps que commandait le général Gazan, exténuépar une lutte entreprise dès le matin, perdit quelque terrain, ce qui permitau centre de l’armée anglaise de se lier avec la droite. Notre centre, obligé dese rapprocher de Vittoria, ne put, faute d’attelages et vu le mauvais état duterrain, emporter la batterie, qui fut enclouée.

Mais le roi Joseph ne fit que traverser Vittoria, et rejoignit l’armée de Por-

(1) Père de l’illustre poète Victor|Hugo.