Band 
Tome troisième.
Seite
364
JPEG-Download
 

364

HISTOIRE DE L’ARMEE

rpute de Pampelune, pour empêcher au besoin les Anglais de s'avancer surSalvatierra. Hugo accomplit cette mission avec intelligence et bravoure, et ilne lui manqua que l’adhésion de ses officiers pour que, par un hardi coup demain, il pénétrât jusqu’à Wellington, entré dans Yittoria, et que, par une sur-prise accomplie avec une audace que la fortune eût rendue heureuse, il enle-vât ou tuât le général en chef de l’armée ennemie. Le récit que le généralHugo fait de ce projet dans ses intéressants Mémoires fait croire à la possibilitédu succès.

La France perdit cette journée presque sans combattre, et par suite d’uneinfériorité de position qui annula la bravoure de nos soldats. Jomini a sévè-rement critiqué le choix du terrain, tout en disculpant en partie le frère del’Empereur, puisqu’il est avéré que son opinion avait été de prendre positionsur les inexpugnables hauteurs qui dominent Vittoria, et que la majorité deses généraux fit prévaloir l’avis contraire. « Il eût été difficile, dit l’historiensi compétent dont nous recueillons l’opinion, de choisir un plus mauvais pointpour y recevoir une bataille, ni de la livrer sous de plus fâcheux auspices.Chacun sait que la surface de l’Espagne est resserrée par le golfe de Biscayeau point où elle se réunit à la frontière de France , qui forme comme une es-pèce de gorge entre Saint-Jean-Pied-de-Port et Bayonne . Une seule chausséeexiste à l’ouest des Pyrénées, c’est celle de Bayonne à Madrid ; un autre chemin,praticable au canon, va de Vittoria à Pampelune ; de là on revient d’un côtésur le col de Maya, de l'autre sur Saint-Jean-Pied-de-Port par la vallée de Ron-ce vaux, illustrée sous Charlemagne par la fameuse retraite de Roland.

« Prendre une position à peu près parallèle à la chaussée, c’était faciliter àl’ennemi les moyens de s’établir dans la même direction où, par le moindreeffort de la gauche contre notre droite, la route se trouverait nécessairementinterceptée. Si Ton ajoute à cela que Vittoria, située dans le fond d’un bassin,est entourée de hautes montagnes, et que cette ceinture dominante se trouvaitprécisément dans le prolongement de la gauche des Anglais et du côté où ilsarrivaient, on peut juger combien un tel parti convenait peu à notre armée.11 n’y avait pas à hésiter, il fallait chercher l’ennemi, et l’attaquer partout oùon le trouverait, ou prendre bravement son parti en regagnant les Pyrénées .Le dernier était, certes, le plus sage, car un succès contre les Anglais , qui eûtpu être décisif avant 1811, ne signifiait plus rien dans les circonstances où laFrance se trouvait. La gauche de Joseph, sous Clausel, était restée à Logrono ,pour couvrir la route importante de Pampelune . Un corps volant fut porté àBilbao, sons les ordres de Fov , pour couvrir le débouché de cette ville surSaint-Sébastien. Ces deux détachemens étaient un malheur inhérent à la po-sition qu’on avait prise, et inséparable en général de toutes les positions dé-fensives. Dans tout autre pays que l’Espagne , il eût été préférable de renoncerà la route de Bayonne pour se retirer parallèlement à l’Èbre , jusqu’auprès deSaragosse , afin de rejoindre Suchet, et de tomber sur Wellington quand ileût été à cent cinquante lieues de ses vaisseaux et de ses dépôts; les gardes na-tionales du Midi et quelques bataillons de ligne eussent suffi pour surveiller la