Band 
Tome troisième.
Seite
380
JPEG-Download
 

38®

HISTOIRE DE L’ARMÉE

nemi. Pendant les divers combats qui résultèrent de ces avantages, Bautzen était vivement attaqué par la division Campans. Nos voltigeurs grimpèrent auxrochers qui font une sorte de piédestal à cette place, comme de véritables chas-seurs de chamois. Nous pénétrâmes dans Bautzen au moment où Macdonaldenlevait les hauteurs de Prieswitz, dernier point culminant de la défense desalliés. Ceux-ci se retirèrent sur l’autre rive de la Sprée , en face de Dabercliiitz,ville occupée par la division prussionne Lielhen. Un des derniers épisodes dela journée fut la prise du village de Nieder-Kayna par la division Bonnet, quiculbuta aussi les Russes de leur dernier plateau. A sept heures du soir, lescorps de Kleistet de Miloradowitz étaient réfugiés dans leurs retranchements,et l’Empereur entrait en vainquenr dans Bautzen , où il établit son quartiergénéral. Il était plus gai qu’on ne l’avait vu depuis longtemps. « Messieurs,dit-il à ses généraux, reposons-nous ce soir.Nous recommencerons de-

main! »

En effet, la journée du 20 mai n’était guère que le prélude d’une batailleplus importante. Le lendemain, le duc de Reggio reçut Tordre d’engager debonne heure le combat à la tête du 12 e corps, en attaquant la gauche enne-mie commandée par Miloradovvich et Gortschakof. Cette attaque était une rusepour masquer la véritable attaque, conduite par les maréchaux Soult et Ney.Vers onze heures, Raguse engagea une formidable canonnade devant les re-tranchements ennemis. La garde et la réserve, masquées par des plantations,étaient également prêtes à se porter à droite ou à gauche suivant l’occurrence.Notre centre s’était déployé devant Blücher , mais sans engager. L’Empereurvoulait attendre. Fatigué d’une nuit passée entière à prendre les dispositionsde cette journée, il eut l’incompréhensible sang-froid de se coucher au bordd’un fossé, protégé par les batteries de Marmont, et de s’y endormir. Mais cesommeil ne dura guère; une vive canonnade le lança sur pieds. L’Empereurregarda l’heure, étudia un instant la position des corps d’armée, et, plein d’uninstinct prophétique, il s’écria : a La victoire est à nous! »

Il distribue rapidement ses ordres; tous les corps s’ébranlent à la fois. Lecanon qu’on entendait était celui de l’artillerie du prince de la Moskovra, qui,sur les ordres de l'Empereur, avait, par un long détour, surpris l’ennemi der-rière ses lignes, manœuvre hardie et habile qui annulait les formidables re-tranchements dont son front se rempardail; l’ennemi ne s’était douté de rien.

Culbutant les Russes au village de Klix, Ney franchit la Sprée , et repoussal’ennemi devant lui jusqu’au bourg de Preilitz, qu’il enleva bientôt, mais queles Russes parvinrent à reprendre plus tard. De son côté, Soult déboucha unpeu après midi. Déjà l’ennemi comprenait ses périls, et Alexandre poussa unfort noyau au-devant du duc de Dalmatie pour l’empêcher d’entrer dans l’en-gagement général. Mais, le moment étantvenude décider la bataille, l’Empe-reur se porta vers la gauche avec 4 divisions du général Latour-Maubourg, lagarde et autant qu’il put d’artillerie sur le flanc droit de la position en-nemie devenu centre de l’armée russe. Pour s’opposer à cette nouvelle at-taque, l’ennemi fut contraint d’appauvrir sa droite, ce qui fut rapidement mis